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Full text of "Les introducteurs des ambassadeurs, 1585-1900"

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AMBASSADEURS 



Tiré à troi^ centfi pxemplairps numérotés 



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INTRODUCTEURS 



DES 



AMBASSADEURS 



1585-1900 



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PARIS 
FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR 

ANCIENNE LIBRAIRIE GERMER BAILLIËRE ET C<* 

108, BOULEVARD SA INT-GBRIi A IN , 108 

1901 

Tous droits réservés. 



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LES 



INTRODUCTEURS DES AMRASSADEURS 



« Les civilités qu'on fait aux ambassadeurs à leur réception et à 
leur entrée, dit M. de Wicquefort dans son traité sur \ Ambassadeur 
et ses fondions^ sont réglées par presque toutes les cours. Mais il n'y 
a pas fort longtemps qu'elles le sont. Aussi n'y a-t-il pas longtemps 
qu'on y a des officiers exprès qui les puissent régler ou qui puissent 
faire exécuter les règlements que les princes font pour cela. » Ce 
fut en 1585 seulement que la conduite des ambassadeurs fut en 
France érigée en charge. Jusqu'à cette date, le roi, chaque fois qu'il 
recevait un ambassadeur, désignait une personne de la Cour* pour 
remplir les fonctions d'introducteur : c'est, disait le règlement du mois 

1. Cologne, édition de 1690, p. 198. Voir aussi : Amelot de la Houssaye, Mémoires 
historiques, 1737, t. 1*', p. 98. 

2, Voir Wicquefort, p. 198-202. C'était souvent un maître d'hôtel du Roi, comme 
en Espagne, qui était chargé de recevoir les Ambassadeurs; mais des princes et des 
grands seigneurs allaient aussi au-devant d'eux, à leur entrée, et les accompagnaient. 
Par exemple, les ambassadeurs de Pologne, en 1457, furent reçus par le comte d'Eu, 
prince du sang, l'archevêque de Narbonne, sept évoques, le comte d'Armagnac, le 
Prévôt de Paris, le Premier Président du Parlement, les membres de la Chambre des 
Comptes, les généraux de la Monnaye, les Échevins (Wicquefort, p. 106). 

1 



— 2 — 

d'août 1578, « chose qui acquiert non seulement au roi, mais à la 
nation, honneur et bonne réputation parmi les étrangers, de quoi 
chacun doit être soucieux ». La commission n'était que passagère; 
en janvier 1585, Henri III créa à la fois la charge de Grand-Maître 
des Cérémonies et celle d'introducteur des Ambassadeurs et Princes 
étrangers. 

Jérôme de Gondi fut le premier introducteur des ambassadeurs; 
après lui la charge fut divisée; jusqu'en 1792, deux introducteurs 
servirent à tour de rôle par semestre^; ils étaient assistés d'un aide- 
introducteur permanent qui portait le titre de secrétaire à la conduite 
des ambassadeurs. Pendant la Révolution la charge fut supprimée. 
Barras essaya de la rétablir', mais ce ne fut qu'en 1804, que Napo- 
léon la fît renaître. Elle n'a pas cessé d'exister depuis lors. 

L'introducteur des ambassadeurs est placé maintenant sous l'au- 
torité du ministre des Affaires étrangères; il cumule avec ses fonctions 
celle de chef du service du Protocole. Depuis la disparition du régime 
monarchique et de la grande maîtrise des cérémonies, son rôle s'est 
plutôt étendu. On s'adresse à lui pour régler les préséances dans 
les cérémonies auxquelles assiste le corps diplomatique, et dans 
la plupart de celles où figure le gouvernement de la République. 

Un État, sous quelque régime qu'il soit gouverné, ne peut se 
passer d'un introducteur des ambassadeurs, directeur du Protocole, 
gardien du cérémonial. Ce n'est pas seulement dans les rapports des 
souverains entre eux, que la nécessité d'un cérémonial fixe et régu- 
lier se fait sentir, c'est encore, suivant l'expression de M. de Tal- 
leyrand, « dans tous ceux qui s'établissent entre les différentes 
classes d'hommes et des dignités dont la société se compose. Des 

i. De 1671 à 1691, les deux charges d'Introducteur des ambassadeurs furent réu- 
nies entre les mains de Chabenat de Bonneuil, puis entre celles de son fils. 

2. Voir à ce sujet : Recherches historiques sur le cérémonial à la Cour de France et 
dans les principales Cours de V Europe, par M. de la Jus, aide des cérémonies de TEm- 
pereur, secrétaire à Tintroduclion des ambassadeurs. Paris, 1857, in-8, 31 p. 



— 3 — 

témoignages d'égard sont un tribut nécessaire et il Test également 
d'en assigner la mesure avec précision* ». 

L'étiquette est de tous les temps, et ceux qui ont à s'en occuper 
ne remplissent pas seulement, comme on est trop souvent disposé à 
le croire, de puériles et futiles fonctions\ Leur mission est plus haute; 
la manière dont ils pratiquent la courtoisie internationale contribue 
à la solution des questions les plus délicates et les plus importantes. 
On en trouvera la preuve dans l'histoire de la charge d'Introducteur 
des ambassadeurs, dont nous nous sommes proposé de tracer ici 
l'esquisse. 

1. Lettre de Talleyrand au comte d*Hauterive. Mayence, 8 octobre 1806. 

2. M. Pradier-Fodéré, dans son ouvrage : Cours de droit diplomatique à Vmage des 
agents politiques du ministère des Affaires étrangères des États européens et américains 
(t. I®"*, 2® édition, Paris, 1900), expose en détail Timportance politique que peuvent 
prendre, à titre d'emblème des égards que se rendent les gouvernements, les ques- 
tions relatives au rang et à la préséance. 



I 



Sous l'ancien régime, les introducteurs étaient censés relever du 
secrétaire d'État de la maison du Roi ; « ils n'avaient cependant avec 
lui que des relations de politesse ; tous leurs exercices se concer- 
taient avec le ministre des Affaires étrangères* ». 

Leurs fonctions étaient bien délimitées. Ils avaient à s'occuper de 
toutes les questions qui, en dehors des affaires politiques, se ratta- 
chaient aux relations du souverain avec les étrangers, et pour éviter 
dans l'exercice de ces fonctions tout conflit avec le grand-maître des 
cérémonies un règlement, prévoyant les différends qui pourraient 
survenir entre eux, avait été fait le 31 décembre 1643*. 

En contact quotidien avec les représentants des puissances accré- 
dités auprès du roi, l'introducteur les amenait à la cour pour les 
audiences d'arrivée et de congé, il se tenait à leur disposition chaque 

1. DuFORT DE GuEVERNY, Mémoires sur les règnes de Louis XV et Louis XVI et sur la 
Révolution^ publiés par Robert de Crèvecœur, 1886. 2 vol. in-8, I, 61 . 

2. Aax termes de ce règlement qui, comme ceux de 1578 et de 1585, se trouve cité 
dans les mémoires de Breteuii, le roi cherchait à écarter tout ce qui aurait pu « appor- 
ter de la confusion en Tordre quUl voulait être exactement observé pour le respect et 
la splendeur de sa couronne en la réception des Ambassadeurs extraordinaires et 
princes étrangers qui surviendraient en sa cour». « Les Français croient se faire 
honneur en faisant civilité à autrui, et particulièrement aux étrangers; c'est en quoi 
fort peu de nations les imitent. » (Wigquefort. I^ p. 284.) 



— 6 — 

mercredi, jour fixé par le roi pour les recevoir et qui a été conservé 
pour l'audience hebdomadaire du ministre des Affaires étrangères; 
il les conduisait au lever de Sa Majesté, à la messe royale; il les 
plaçait au théâtre et dans toutes les cérémonies ou les fêtes de cour; 
il servait auprès des princes qui venaient en France. C'était lui encore 
que le roi envoyait chez les ambassadeurs pour porter les présents 
qu'il voulait bien leur faire ou pour prendre, à l'occasion, de leurs 
nouvelles. 

Toutes ces missions avaient leur protocole spécial; par exemple, 
quand l'introducteur laissait un billet à la porte d'un ambassadeur, 
pour l'avertir qu'il y aurait bal à Versailles et qu'un banc lui serait 
réservé, il devait avoir bien soin d'employer la formule d'usage. L'am- 
bassadeur exigeait que l'introducteur en personne lui laissât le billet 
d'invitation; l'envoyé extraordinaire devait se contenter de le rece- 
voir du secrétaire à la conduite; quant aux ministres plénipoten- 
tiaires et aux simples chargés d'affaires , on les faisait avertir par un 
billet qui ne portait que ces mots : « Il y aura bal à Versailles, etc. ». 

C'était là, comme l'a dit un introducteur, « des misères d'éti- 
quette plus faites pour rétrécir l'esprit que pour l'alimenter ». Mais 
il ne faudrait pas, comme M. Dufort de Cheverny, « regarder tout 
cela comme une vraie misère de l'esprit humain* ». Ces fonctions 
« si magnifiques » ne comportaient pas seulement des questions 
d'étiquette et de préséance. Du caractère, du tact et de la dignité de 
l'introducteur dépendaient les bonnes relations de la cour avec les 
divers représentants des puissances. Certains introducteurs hono- 
rèrent leur charge par la manière dont ils se comportèrent vis-à- 
vis des prétentions des étrangers. 

« C'est le triste de notre métier, écrivait M. de Breteuil, que d'être 
obligés à être toujours en garde sur les petits avantages que des 



1. Dufort de Chevkrny, 1. 1*^ p. 3 et 85. 



\ 
\ 



— 7 — 

ministres, presque toujours gens de beaucoup d'esprit, cherchent à 
prendre ou sur nous ou dans les audiences où nous les conduisons, 
mais on guérira plutôt tous les maux qu'on croit les plus incurables 
qu'on ne guérira l'esprit de la plupart des ambassadeurs et des 
envoyés sur les prétentions des prérogatives et des honneurs dus à 
leur caractère. » 

« Autant un homme à ma place, disait encore M. de Breteuil, 
doit aller au-devant de touf ce qui peut faire plaisir aux ambassadeurs 
et à tous les étrangers en général, autant doit-il être réservé et retenu 
sur les pas qu'il fait avec les ambassadeurs et surtout avec les Ita- 
liens, car, par un mauvais sens que je n'ai pu encore comprendre, 
ils ne songent qu'à prendre des avantages sur l'introducteur des 
ambassadeurs, qui est le seul en France qui ait attention à leur faire 
plaisir; en prenant tous les soins de leur rendre des offices et leur 
donnant des fêtes toutes les semaines chez moi, je les trouve ligués 
et révoltés contre moi avec emportement, dans la moindre chose qui 
peut choquer leur vanité, mais aussi ils ont eu lieu de s'apercevoir 
dans ces occasions que je ne suis pas moins haut qu'eux et que je 
le suis avec plus de raison. » 

Le moindre précédent pouvant avoir dans l'avenir des conséquences 
et donner lieu à des interprétations, il était nécessaire que l'intro- 
ducteur sût toujours ce qu'avaient fait ses prédécesseurs ; la manière 
dont il envisageait une question devenait la règle pour ses succes- 
seurs. Tant que les introducteurs eurent pour les assister le « bon- 
homme Girault*, qui, par sa longue expérience et sa grande mémoire, 
était un recueil vivant », ils remplirent leur charge sans hésitation. 
Mais après sa mort « ils cheminèrent en aveugle ; ne sachant trop 
quelle route ils devaient tenir pour la plus sûre ». Girault, en effet. 



1. Secrétaire à la conduite, de 1625 à 1697. Son père avait exercé la môme charge 
de 1585 à 1625. 



— 8 — 

n'avait jamais rien noté et les mémoires que certains introducteurs, 
comme M. de Berlize et les deux Bonneuil, avaient écrits, n'étaient 
pas restés entre les mains de leurs successeurs. M. de Breteuil avait 
pu constater que les héritiers de ceux qui mouraient en charge 
recelaient les mémoires qu'ils trouvaient après la mort de ceux qui 
les avaient exercées*. 

Voulant remédier à cet inconvénient, M. de Breteuil prit le parti 
d'écrire des mémoires, et afin d' « épargner à ceux qui viendraient 
après lui les peines qu'il avait eues », il présenta au roi « ces mémoires 
pour qu'ils fussent conservés dans le même lieu où le ministre des 
Affaires étrangères conserve les lettres que Sa Majesté écrit à ses 
ambassadeurs et envoyés, et qu'elle reçoit d'eux ». Mais ces mémoires, 
malgré leur utilité, ne pouvaient pas mieux que les notes rassem- 
blées par MM. Sainctot', les volumineux recueils publiés sur le cé- 
rémonial français et sur le cérémonial diplomatique des cours de f Eu- 
rope par les Godefroy et par Du Mont, ou les études rédigées par 
les historiographes du département*, suffire à établir d'une manière 
précise et indiscutable les traditions. Ce n'était qu'en tenant un 
journal quotidien que l'introducteur pouvait être exactement au cou- 
rant des précédents. M. de Verneuil dut, au milieu du xviii® siècle, 
se résoudre à employer ce moyen quand il se fut rendu compte des 
lacunes dont son service souffrait. 



1. Tel fut le cas des mémoires rédigés par les Bonneuil et par les autres prédéces- 
seurs de Breteuil. 

S. Quatre membres de cette famille furent maîtres des cérémonies ou introducteurs 
des ambassadeurs. Dans son Dictionnaire critique de biographie et d'histoire^ A. Jal a 
recueilli un certain nombre d'actes concernant la famille Sainctot, et ajoute : « il peut 
prendre à quelqu'un l'envie d'écrire l'histoire de ces fonctionnaires qui eurent un rôle 
important quand les choses de l'étiquette furent une grande affaire pour la cour de 
Versailles. » 

3. Voir aux Archives du ministère des Affaires étrangères les mémoires d'Ariste, 
deBussyetde Ledran, sur les fonctions de l'Introducteur. Fonds France, n" 1851, 
1852, 1871. 



— t) — 

En dédiant son manuscrit au roi, M. de Verneuii disait : 

Je dois l'idée du travail dont ces mémoires sont le fruit à rexpérience que 
j'ai faite de l'embarras où mon père s'est trouvé plusieurs fois dans l'exercice 
de la charge d'introducteur des ambassadeurs par le peu d'éclaircissements 
qu'il a tirés des mémoires de ses prédécesseurs sur ce qui s'était passé dans des 
circonstances dont leur exactitude aurait pu fournir des exemples fréquents. 
La peine qui résulte de cet inconvénient pour Tintroducteur des ambassadeurs 
ne devrait être comptée pour rien si l'incertitude dans laquelle elle le jette ne 
l'obligeait nécessairement d'importuner le roi de l'examen de plusieurs ques- 
tions dont la décision n'est jamais indifférente et dont le fond ne présente que 
des objets aussi futiles que fastidieux... Quoique j'aie étudié avec exactitude 
tout ce qui avait rapport au cérémonial concernant les ambassadeurs, je ne 
me sens point la capacité nécessaire pour vouloir prescrire sur cela des règles. 
M. de Sainctot le père les a établies dans ses mémoires et cet ouvrage ne lais- 
serait rien à désirer s'il s'était étendu davantage sur certains points qu'il n'a pas 
traités assez amplement. 

M. le baron de Breteuil a écrit dans un autre genre; il rapporte plus 
d'exemples. Ses mémoires sont par conséquent plus utiles, en ce qu'en fait de 
cérémonial la pluralité des exemples entraîne toujours la décision de la ques- 
tion. C'est cette raison qui m'a déterminé à donner à mes mémoires la forme de 
journal. Celte manière d'écrire est ingrate et rendrait leur lecture insuppor- 
table à qui voudrait l'entreprendre de suite, mais mon objet n'a jamais été de 
donner de l'agrément à cet ouvrage... » 



Il suffisait, en effet, que le journal fût précis. L'exemple de M. de 
Verneuii ne fut pas suivi par ses successeurs \ mais par contre, à 
partir de ce moment, les secrétaires à la conduite tinrent fidèlement 
note de tous les incidents auxquels ils furent mêlés. C'est ainsi qu'est 



1. Verneuii lui-môme, d'ailleurs, dit Dufort de Cheverny, (I, 62) «fier, haut, 
vaniteux, se gardait bien de rien montrer; il voulait que tout dépendit de lui». 
Dufort avait rédigé un mémoire « d'un doigt d'épais », contenant « tout le cérémo- 
nial de France pour les étrangers » et qui est malheureusement perdu, bien qu'il en 
eût fait faire plusieurs copies. « Il eût été dangereux de faire imprimer ce résumé; 
tous les gens simples qui s'inspirent de ces misères n'auraient plus rien eu à 
faire. » (1, 274.) 



— 12 — 

demeure de l'ambassadeur fût bien choisie. Pour éviter les impor- 
tantes dépenses souvent répétées causées par l'aménagement pro- 
visoire d'hôtels loués pour cette occasion, la Cour fut amenée à 
consacrer à ces réceptions un palais qui tira de son objet le nom 
d' « Hôtel des Ambassadeurs extraordinaires ». L'hôtel, où, suivant 
l'expression de la Muse historique , « l'on festinait leurs Grandeurs », 
fut pendant la plus grande partie du xvii® siècle l'ancien hôtel du 
maréchal d'Ancre situé rue de Tournon*. Cet hôtel étant devenu 
la propriété du duc de Nivernais , on chercha à le remplacer et on 
se servit successivement de l'hôtel connu sous le nom du Petit 
Bourbon, de l'hôtel Pontchartrain , rue Neuve-des-Petits-Champs , 
puis de l'hôtel d'Évreux* que le roi avait acquis du marquis de 
Marigny après la mort de M"* de Pompadour. En 1779, Heurtault 
écrivait dans son Dictionnaire des rues de Paris qu'il « n'y avait pas 
encore d'hôtel décidé pour la demeure des Ambassadeurs ». 

Que l'hôte du roi logeât aux « Ambassadeurs extraordinaires » 
ou dans un des somptueux palais aménagés pour la circonstance, la 
vie qu'il y menait était la même. Le cérémonial avait prévu et réglé 
tous ses actes. Pendant trois jours il était comme le prisonnier de 
l'introducteur des ambassadeurs. 

pendant son séjoar à Brest, 3 800 de Brest à Paris, 31 700 à Paris, sans compter les pré- 
sents du prix de 3 890 livres (Plantet, Mouley hmail et la Princesse de Conti); un repas 
de cet ambassadeur et de sa suite comprend deux veaur, deux moutons, dix poulets, 
six dindons, quatre pigeons, deux perdrix, six douzaines d*œufs, quatorze pintes de 
vin, quatorze bouteilles de bière, etc. 

1. Il sert actuellement de caserne à la Garde républicaine. En 1575, le Roi avait fait 
mettre Thôtel de Guise à la disposition de l'ambassadeur de Venise, Giovanni Micbieli; 
en 1618, Simon Contarini, ambassadeur de Venise, fut reçu à Tbôtel de Luynes. (Sur 
la résidence ordinaire de l'ambassadeur de Venise, cf. Baschet, Les Archives de Venise, 
1870, p. 302.) En 1612, le duc de Pastrana, ambassadeur d'bispagne, fut logé à l'hôtel 
Saint-Paul (Wicquefort, p. 201). En 1636, l'ambassadeur de Pologne fut logé à l'hôtel 
de Saint-Chamond « meublé des meubles du Roi »; la môme année, l'ambassadeur 
d'Angleterre avait été conduit à l'hôtel d'Ancre. 

2. Bâti en 1728 par le comte d'Évreux, puis acheté par M"^* de Pompadour, agrandi 
au xix* siècle; c'est aujourd'hui l'Elysée. 



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— 13 — 

Il arrivait à Paris incognito^ et un temps quelquefois assez long 
s'écoulait avant que le roi ne lui accordât sa première audience. Dès 
que le jour en était choisi, le rôle de l'introducteur commençait. Il 
se faisait remettre par l'ambassadeur la liste de ceux qui l'accompa- 
gnaient et donnait Tordre de préparer l'hôtel. Le concierge et les deux 
jardiniers qui formaient le personnel permanent de l'hôtel des Ambas- 
sadeurs extraordinaires * voyaient arriver les tapissiers de la Cour et 
du Garde-Meuble. Leur tâche n'était point facile; de la place d'un 
fauteuil pouvaient naître mille questions d'étiquette. Les ambassades 
orientales exigeaient un aménagement spécial; pour elles il fallait 
avoir soin d'éviter de mettre des tapisseries où, contrairement aux 
prescriptions du Coran, des personnages fussent figurés. 

Une fois que les chambres à coucher, les salles à manger, le salon 
d'audience, le logement des officiers et du sous-introducteur étaient 
prêts, le maître d'hôtel du roi s'installait au Palais. Il y avait deux 
manières de traiter l'ambassadeur, « par présents ou par officiers w^; 
mais quel que fût le mode adopté, la Cour n'épargnait rien. L'am- 
bassadeur 

...ferait chère superbe 

Que n'exprimerait nul adverbe. 

Il devait, en effet, y avoir une table de vingt-quatre couverts pour 
l'ambassadeur, l'introducteur, le maître d'hôtel du roi et les gens de 
qualité; une seconde table de vingt-quatre couverts pour le contrô- 
leur de la maison du roi, les gentilshommes et secrétaires; deux 
tables de douze couverts pour les pages, les officiers de cuisine et 
d'office; les gens de livrée avaient la desserte. Pendant tout le temps 
que l'ambassadeur restait à l'hôtel, un homme de la fruiterie « don- 

1. Voir GaiPFREY, Comptes des bâtiments du Roi sous le règne de Louis XIV, 

2. « Traités par présents, c'est-à-dire traités par leurs domestiques, le vin étant, ainsi 
que les viandes non cuites, apporté du dehors de la part du roi. Traités par officiers^ 
c'est-à-dire par les maîtres d'hôtel et autres officiers du roi, les viandes étant cuites 
dans l'hôtel par les cuisiniers du roi. » Cérémonial français, II, p. 775. 



— 14 — 

nait depuis le matin jusqu'au soir du chocolat, du thé, du café et 
des eaux glacées à tous ceux qui en demandaient. » 

Tout étant prêt et quatre des cent-suisses du roi étant installés, 
deux à la porte de Thôtel, deux à la porte de la salle à manger, on 
pouvait laisser arriver l'ambassadeur. 

Il s'était, la veille du jour fixé pour son entrée, transporté à la 
porte de Paris, dans une habitation qui n'appartenait pas au roi; 
c'était généralement à Picpus, dans le couvent de Saint-François, 
près de la porte Saint- Antoine, qu'il attendait Tîntroducteur. Avec 
l'introducteur venait un maréchal de France. Depuis 1633, un maré- 
chal * était désigné pour chaque entrée d'ambassadeur. Un règle- 
ment du 17 novembre 1670 avait fixé la marche du maréchal et de 
l'introducteur en cette circonstance. 

C'était une cérémonie chère aux Parisiens que ces entrées, spec- 
tacle toujours le même et toujours nouveau, où rivalisaient l'élégance 
de la cour de France et la richesse étalée par les étrangers*. L'ordre 
du cortège était imprimé d'avance et vendu dans les rues avec le 
portrait de l'ambassadeur. Cette marche devait être fort imposante; 
voici, par exemple, la liste des carrosses qui figurèrent à l'entrée 
de l'ambassadeur d'Angleterre, le 4 janvier 1699 : 

« Le carrosse du maréchal de Catinat, à la tête de tout, précédé 
de deux écuyers à lui et d'un suisse de sa livrée à cheval; après 

1. Les princes oa ducs et pairs ont fait parfois, mais de plus en plus rarement, ces 
fonctions; par exemple, le comte d'Âlais pour les nonces Bolognetti (1634) et Mazarin 
(1634), pour le chancelier Oxenstiern (1635); le duc de Chevreuse pour le vicomte de 
Scudamore, ambassadeur d'Angleterre (1635). Les ambassadeurs suisses n'étaient 
conduits que par un chevalier de l'Ordre. 

2. Dans son Cours de droit diplomatique [l. p, 451), M. Pradier-Fodéré cite, au 
sujet de ces entrées, un curieux passage de Voltaire : « Il semblait, à voir les ambas- 
sadeurs se promener dans les rues, qu'ils disputassent le prix dans des cirques... Il 
est à croire qu'à la fin on se défera de cette coutume de se ruiner pour aller en pro- 
cession par les rues avec quelques carrosses rétablis et redorés, précédés de quelques 
laquais à pied. Cela s'appelle faire son entrée, et il est assez plaisant de faire son 
entrée dans une ville, sept ou huit mois après qu*on y est arrivé. » 



— 15 — 

l'écuyer de l'ambassadeur, six pages de sa livrée à cheval et vingt- 
deux laquais à pied et marchant deux par deux, venait le carrosse du 
roi, dans lequel se trouvaient l'ambassadeur, l'introducteur et le 
maréchal; à la droite de ce carrosse six laquais de l'introducteur, à 
gauche six du maréchal ; venaient ensuite le carrosse de M°*® la 
duchesse de Bourgogne, celui de Monsieur, celui de Madame, ceux 
de M. le duc de Chartres, de M*^® la duchesse de Chartres, de M. le 
Prince, de M'"® la Princesse, de M. le Duc (celui de M™*' la Duchesse 
n'y était pas, parce qu'il se rompit en venant, dont un écuyer 
vint faire des excuses), celui de M"^® la princesse de Conty, douai- 
rière, de M. le prince de Conty, de M™® la princesse de Conty, de 
M. le duc du Maine, de M°*® la duchesse du Maine, de M. le comte de 
Toulouse; immédiatement après, el sans aucune distance, marchaient 
les carrosses de l'ambassadeur, dont le premier était vide et précédé 
de trois courriers du roi d'Angleterre, d'un écuyer et d'un suisse à 
cheval; les trois autres étaient remplis de ses gentilshommes, secré- 
taires et aumôniers, le carrosse du marquis de Torcy*, secrétaire 
d'État des Affaires étrangères, enfin, le carrosse de l'introducteur à 
la tête duquel était son maître d'hôtel et, derrière, un palefrenier à 
cheval. » Tous ces carrosses étaient à six chevaux «. 

Il faut lire dans les mémoires de Dangeau, de Sourches, de Saint- 
Simon, dans ceux de Dufort de Cheverny, le récit de telles entrées 
qui firent courir tout Paris; attraction bien naturelle quand les spec- 
tateurs devaient, comme sur l'une des gravures que nous reprodui- 



1. Les carrosses des prioces et des ambassadeurs devaient précéder celui du secré- 
taire d'État et celui de riulroducteur. Sur la prétention contraire, émise par Torcy 
en 1700, voir Saint-Simon (éd. Boislisle), t. VU, p. 6; Dangeau, VII, p. 233. 

2. Celui du doge, quand il vint à Versailles (1685), avait huit chevaux barbes. Le 
cortège comprenait vingt-quatre voitures, dont les deux tiers au moins comptaient six 
chevaux. Autour d'eux marchaient soixante valets. (Ë. Hodocanaghi, L'Ambassade du 
doge de Gênes à Versailles, Revue d'histoire diplomatique, t. VI, 1892, p. 168.) A l'entrée 
do Mehemet LCITendi, il y avait une centaine de carrosses (1721). 



— IG — 

sons, voir le cheval de parade de l'ambassadeur « fléchir par trois 
fois les genoux en passant devant Sa Majesté ! » 

Les rues étaient encombrées de spectateurs, les fenêtres char- 
gées de curieux. Des troupes faisaient la haie. La curiosité de la Cour 
poursuivait l'ambassadeur, même dans son hôtel; on s'arrachait les 
billets de visite que délivrait l'introducteur pour permettre d'assister 
au dîner de l'ambassadeur, ce qui ne manqua pas d'en étonner 
quelques-uns. 

« Les hommes et les femmes vinrent me voir en foule, écrit un 
ambassadeur turc; les uns pour me rendre visite, les autres par curio- 
sité. Ils m'accablèrent de cérémonies et de compliments. Ce qu'ils 
désiraient le plus était de me voir manger. On venait m'annoncer la 
femme ou la fille d'un tel, qui demandaient permission d'assister à 
mon dîner. Ces manières très nouvelles pour moi me gênaient beau- 
coup ^ » 11 finit par s'y habituer et, d'après Saint-Simon, « sut fort 
bien entretenir les dames, l'air fort à son aise ». Il les régala sou- 
vent de café et de confitures, et, moyennant l'interprète, fournit 
très gentiment à la conversation. On avait ainsi fort admiré en 1699 
les reparties de l'ambassadeur marocain. Les ambassadeurs de pays 
lointains excitaient naturellement le plus grand intérêt. Les moindres 
gestes des ambassadeurs polonais ou moscovites intéressaient les 
Parisiens; mais aucun spectacle ne valait pour eux celui d'un Turc 
ou d'un Persan. 

« L'empressement des dames et même de quelques-unes des 
plus qualifiées pour voir l'ambassadeur de Perse a été si grand, écrit 
M. de Breteuil, qu'il y avait par jour plus de quarante carrosses à 
six chevaux à sa porte, et l'immensité de Paris y a maintenu cette 
foule pendant plus de deux mois du long séjour qu'il y a fait; mais, 
comme toutes les modes n'ont qu'un temps, fort court en France, il 

1. Relation fie Vambassade de Méheinet Effendi, écrite par lui-même (publiée à Paris 

en 1757). 






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— 17 — 

a été aussi abandonné dans les derniers temps qu'on avait mis d'em- 
pressement d'abord pour le voir. » 

Les petits incidents de ces ambassades exotiques devaient dis- 
traire les introducteurs des questions si ingrates dont d'habitude 
ils avaient à s'occuper. M. Dufort de Cheverny, devenu introducteur, 
ne se rappelait pas sans frémir que ses parents l'avaient, tout enfant, 
mené voir manger un ambassadeur turc, dont le costume lui en avait 
tellement imposé qu'il l'avait appelé Très Saint Père. Une méprise 
plus grave faillit arriver à M. de Breteuil : « Quand j'entrai dans la 
chambre de l'ambassadeur de Perse, il était couché auprès du feu, la 
tête tournée du côté de la porte, sur des tapis de Perse et une espèce 
de matelas d'environ deux ou trois pouces d'épaisseur, et comme 
leur manière est toujours d'avoir les jambes reployées sous eux, et 
que l'ambassadeur est très petit, j'avoue qu'au premier coup d'oeil 
il me parut que c'était un gros singe qui était couché au coin du feu. 
Je ne doute pas que la première fois que les Persans voient un Euro- 
péen assis sur une chaise ils ne trouvent la posture aussi ridicule que 
celle de l'ambassadeur me sembla dans cette première apparition. » 

Après avoir passé trois jours dans l'hôtel des Ambassadeurs, ou 
dans son propre hôtel, l'ambassadeur était conduit au Roi en grande 
cérémonie, puis ramené avec la même pompe à son hôtel particu- 
lier. Dans son carrosse montaient avec lui un prince de la maison 
de Lorraine ou de la maison de Vendôme et l'introducteur. 

C'était un long trajet quand le roi était à Versailles; le doge de 
Gènes mit à peu près trois heures à le faire. Arrivé vers les onze 
heures du matin, ses compagnons et lui « se rendirent aussitôt dans 
la salle du palais réservée aux ambassadeurs. La garde les reçut sous 
les armes. Pendant ce temps, M. de Bonneuil se rendit auprès du roi 
pour prendre ses ordres sur son invitation, les envoyés s'acheminèrent 
vers la salle d'audience ; ils passèrent par le grand escalier qui reste 
d'ordinaire fermé et au bout duquel les attendait le maréchal de 

3 



— 18 — 

Duras, capitaine des gardes. Celui-ci les conduisit dans la grande 
galerie où devait avoir lieu la présentation, en leur faisant traverser 
les appartements du roi. Tout le long du parcours étaient échelonnés 
des gardes sur deux files *. Les valets accompagnèrent le cortège 
jusqu'à Tantichambre; les pages restèrent dans les pièces suivantes, 
le reste de la suite pénétra jusque dans la grande salle *. Le roi y 
attendait les ambassadeurs assis sur un trône d'argent, avec le dau- 
phin à sa droite et le duc d'Orléans à sa gauche ; à ses pieds les prin- 
cipaux seigneurs de sa cour. » 

Après l'échange de discours ', les envoyés se retirèrent dans 
la salle des ambassadeurs, accompagnés des gardes, comme à leur 
arrivée. Ils y échangèrent leurs vêtements de cérémonie pour un 
costume plus simple et moins embarrassant ; ils furent introduits en- 
suite dans une salle à manger voisine où se trouvaient servies deux 
tables pour eux et les principaux seigneurs de leur suite *. D'autres 
tables étaient apportées ailleurs pour le reste de leur escorte, d'après 
le rang de chacun et les règles de l'étiquette. Après le repas, les 
ambassadeurs, revêtus de nouveau de leurs habits de gala, allèrent, avec 
un cérémonial identique à celui du matin, rendre visite au Dauphin, 
à la Dauphine, aux ducs de Bourgogne et d'Anjou, à Madame. Ils se 
rendirent encore chez le duc de Chartres, chez Mademoiselle, chez la 
Grande Mademoiselle, chez Madame de Guise, chez le duc et chez la 



1. Les sentinelles frappant du pied. Le prince était à droite, Tintroducteur à gauche 
de l'ambassadeur; à sa gauche et un peu en avant marchait le capitaine des gardes 
du corps; le secrétaire à la conduite précédait Tambassadeur. 

2. Ou « chambre à coucher ». Ce n'était pas la vraie chambre du roi, mais une pièce 
ainsi qualifiée et destinée à quelques cérémonies officielles. 

3. C'était le moment où les ambassadeurs présentaient le personnel de leur ambas- 
sade. 

4. L'ambassadeur se mettait au milieu, le prince qui l'accompagnait à droite, l'in- 
troducteur à gauche, et un maître d'hôtel du roi en face. Les plats étaient portés par 
les Suisses du roi en uniforme. Des gentilshommes servaient, couverts, chacun der- 
rière une chaise. 



— 19 — 

duchesse d'Enghien, et chez la princesse de Conti. « Ayant ainsi ter- 
miné toutes ces visites, ils s'en revinrent dans la salle qui leur 
était destinée et où on leur apporta beaucoup de rafraîchissements; 
peu après, ils remontaient dans leurs carrosses, dans le même ordre 
que le matin, et reprenaient le chemin de Paris, universellement 
loués et admirés par la cour et au milieu d*un peuple infini*.» 

Une étiquette minutieuse, mais souvent contestée réglait si, au 
cours de ces audiences, les ambassadeurs ainsi que le roi et les 
princes qui les recevaient devaient être debout ou assis, et sur quels 
sièges, et s'ils devaient être nu-tête ou couverts tout le temps, ou 
soulever leurs chapeaux, et quels princes devaient recevoir les am- 
bassadeurs à la porte de Tappartement et les reconduire et aussi à 
qui les ambassadeurs faisaient visite : la devaient-ils aux fils légitimés 
du roi? Louis XIV les amena à le faire, et en 1715, se produisit le 
grand exemple d'une visite aux fils des princes légitimés. 

Sous Louis XV, il y eut mieux, « les ambassadeurs, excepté le 
nonce, après avoir été en corps avec l'introducteur chez toute la 
famille royale, se rendaient chez M""* de Pompadour ' ». 

Chaque mercredi à son lever, le roi tenait le cercle diplomatique. 
Les ambassadeurs et ministres étrangers venaient lui faire leur cour 
et pouvaient, à cette occasion, obtenir de lui un court entretien et en 
profiter pour lui présenter leurs compatriotes de passage jugés dignes 
de cette distinction et dont les noms avaient été préalablement sou- 
mis au roi par l'introducteur. L'introducteur faisait, ce jour-là, les 
honneurs de Versailles aux étrangers. Le premier maître d'hôtel du 
roi tenait pour eux table ouverte au dîner : « l'usage était de ne 
pas faire servir avant qu'on eût demandé à l'introducteur s'il n'atten- 
dait plus personne » . 

1. Relation d'un des envoyés génois, traduite par M. Rodocanachi. 

2. DuFORT DE Gheverny,!, 69. Sur les visites de Kaunilz aux princes : 1, 108, II, 112; 
et les questions de préséance au dtner des princes et des ambassadeurs, II, 301. 



— 20 — 

Sous Louis XV, les ambassadeurs qui ne voulurent pas partir de 
trop grand matin pour se trouver au lever, prirent l'habitude d'aller 
souper la veille à Versailles, Dufort raconte les soupers que la 
duchesse de Praslin , femme du secrétaire d'État des Affaires étran- 
gères, leur donnait, ainsi qu'à toute la cour (I, 318). A Compiègne 
et à Fontainebleau, le roi tenait tous les jours cercle diplomatique. 
En 1755, la faculté de cette visite fut réduite aux dimanches, mardis 
et jeudis. 

L'introducteur avait aussi à se concerter avec le premier écuyer 
pour mener ou faire mener aux chasses royales les étrangers pré- 
sentés ; il y avait par chasse six chevaux consacrés à ces étrangers, 
que l'introducteur accompagnait, s'ils le désiraient. 

L'introducteur allait tous les matins à Versailles, pour se tenir 
prêt à prendre les ordres du roi; il restait dans son cabinet avec 
les autres personnes ayant le privilège des entrées ; le soir, il venait 
le plus souvent au coucher. 

Au spectacle du roi*, l'introducteur et le secrétaire étaient seu- 
lement chargés de la police des banquettes de gauche, réservées 
aux étrangers. Les grands officiers occupaient celles de droite et 
le fauteuil du roi était au milieu. « On n'ouvre les barrières que 
lorsque l'introducteur ou le secrétaire se présentent. La première 
banquette est réservée aux ambassadeurs et à l'introducteur qui 
prend sa place auprès du fauteuil; la seconde est pour les ministres, 
celle derrière pour les étrangers présentés. Ce service assez fatigant 
se répétait tous les jours de spectacle ^ » 

1. Les ambassadeurs ont quelquefois été traités en particuliers à certains spec- 
tacles auxquels ils avaient été conviés, u Lorsqu'on fait prier les ambassadeurs, écri- 
vait M. de Wicquefort, il faut le faire en sorte que le divertissement ne soit point 
troublé par leurs contestations, et aussi qu'en faisant plaisir aux uns on n'offense pas 
les autres. » 

i, DuFORT DE CUEVERNY, I, 107. 



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III 



Les introducteurs n'avaient pas uniquement à présenter au roi les 
ambassadeurs, les étrangers distingués de passage ou les généraux 
des ordres religieux qui n'avaient pas leur résidence en France. 
Leurs fonctions les amenaient à s'occuper de présentations moins 
banales. 

Chaque année, depuis un temps immémorial, le grand-maître de 
Tordre de Malte envovait au roi de France un certain nombre de fau- 
cons pris dans son île. D'autres présents du même genre arrivaient 
souvent à la cour: le roi de Danemark expédiait des gerfauts 
d'Islande ou des étalons quand on lui en demandait pour les haras ; 
les religieux du couvent de Saint-Hubert (province de Liège) fai- 
saient hommage de chiens et d'oiseaux de chasse. Faucons de Malte, 
gerfauts danois, chiens et oiseaux de Saint-Hubert étaient présentés 
au roi avec autant de solennité et avec un cérémonial aussi minu- 
tieusement réglé que s'il se fût agi d'un ambassadeur d'une grande 
puissance. 

L'introducteur avait à remplir une autre mission particulière 
et qui mérite d'être rapportée. Il devait, dès les premiers jours 
du carême, envoyer à tous les protestants chefs de missions un cer- 
tificat leur permettant de faire prendre à l'Hôtel-Dieu la viande dont 



— 22 — 

ils avaient besoin. Cet usage, dit M. de Breteuil dans ses Mémoires, 
remontait au cardinal Mazarin. 

Autrefois, les ambassadeurs et autres ministres publics faisaient pendant 
le carême tuer chez eux de la viande de boucherie et de rôtisserie, mais 
comme leurs domestiques abusaient trop du droit dont leurs maîtres jouis- 
saient, et qu'en vendant de la viande à bon marché ils empêchaient que les 
pauvres de THôtel-Dieu ne reçussent les secours que le Roy a prétendu leur 
donner en ordonnant que ce ne serait que le boucher et le rôtisseur nommés 
par les directeurs de THôtel-Dieu qui vendraient la viande qui se mangerait à 
Paris pendant les carêmes, le Cardinal Mazarin fit consentir les Ambassa- 
deurs et autres Ministres étrangers de ne plus faire tuer de viande chez eux 
cependant le carême, et en même tems Sa Majesté ordonna que le boucher et 
le rôtisseur de Thôtel Dieu fourniraient aux susdits Ambassadeurs et Ministres, 
toute la viande de boucherie et de rôtisserie qui serait nécessaire pour la 
subsistance de leur maison pendant le Carême, à meilleur marché qu'elle ne 
se vend au public; comme par exemple les particuliers payent pendant le 
carême la viande de boucherie sept sols, et il y aune diminution proportionnée 
sur les viandes de rôtisserie; et comme le boucher de Thotel Dieu ne peut pas 
connaître par lui même qui sont les Ministres publics, il ne leur donne de la 
viande au prix ordinaire que sur les certificats qu'ils lui présentent de l'intro- 
ducteur des Ambassadeurs; et voici en quels termes ce certificat est conçu : 

Nous, Baron de Breteuil, conseiller du Roy en ses conseils. Introducteur 
des Ambassadeurs et princes étrangers près Sa Majesté, 

Enjoignons au boucher de l'hôtel Dieu de fournir pendant le caresme au 
prix ordinaire suivant l'ordre du Roy toute la viande de boucherie et de rôtis- 
serie qui sera nécessaire pour la subsistance de la maison de son Excellence 
Monsieur l'Ambassadeur de... ou de la maison de Monsieur l'Envoyé de... 

Fait à Paris le... 

Signé : Le baron de Breteuil, avec le sceau de mes armes à côté. 



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IV 



La charge d'introducteur, avec ses avantages honorifiques et le 
droit si précieux pour un courtisan d'approcher le souverain à tout 
moment, devait être très recherchée. Elle était fort coûteuse : « Il 
fallait, dit Dufort de Cheverny, une mise ruineuse pour suivre l'éti- 
quette. » Il dut pour l'entrée du comte de Kaunitz commander 
dix habits de livrée galonnés sur toutes les tailles des galons du 
plus grand modèle, avec des vestes rouges « extraordinairement 
longues, telle était la mode » , galonnées à la Bourgogne en argent, 
des chapeaux « énormes, galonnés en festons en manière de point 
d'Espagne », un baudrier « immense » pour le Suisse. Le capara- 
çon de six chevaux, « harnais en cuir de Russie, guides et rosettes 
en soie », lui coûtait 10000 livres; il était conservé sous verre chez 
son bourrelier, Leloutre, rue Saint-Marc, où on allait le voir par 
curiosité. Les voyages à Compiègne et à Fontainebleau, dans le 
semestre d'été, étaient aussi fort coûteux. « Le roi ne passait aucuns 
frais. » 

M. Dufort avait adopté la règle de donner à dîner une fois par 
semaine aux ambassadeurs à tour de rôle et deux fois à souper, sans 
dépasser jamais le nombre de seize convives*. Il avait, il est vrai, la 

1.II dînait à 2 heures et sonpait à 9 ou 10 heures. Après le dlner^les convives 
restaient à jouer, parfois jusqu*au soir, aux échecs ou au trictrac. (I, 249.) 



— 24 — 

faculté de commander à très bon marché ces repas au service de 
bouche du roi, 

11 estimait l'ensemble des revenus de la charge à 25000 livres. 
Aux 600 livres de gage et aux 9000 livres d'appointements payés 
sur le Trésor, le roi ajoutait de nombreuses gratifications; chaque 
fois qu'il faisait traiter un ambassadeur ou un prince étranger il 
remettait à l'introducteur de semestre 17 livres et un certain nombre 
de bougies et de flambeaux fournis par les officiers de la fruiterie, 
et quatre écus par jour pour la nourriture de la livrée. A toutes les 
cérémonies d'enterrement l'introducteur recevait le deuil. 

Les présents étaient, de plus, un revenu assuré pour la charge. 
L'ambassadeur qui se retirait, le prince qui, après un séjour à Paris, 
retournait dans ses États, étaient tenus, en échange du cadeau qu'ils 
recevaient du roi*, de faire un présent à l'introducteur. Sans comp- 
ter les occasions extraordinaires, ces présents pouvaient valoir au 
moins 3000 livres par an. C'étaient des boîtes d'or, des bassins et 
des aiguières d'argent, des flambeaux d'argent. 

Le nonce Gualtieri, par exemple, donnait, en 1702, à l'introduc- 
teur, «un bassin de cristal avec quatre chapelets, beaucoup d'essences 
et de pommade jaune, avec des gants moitié pour homme, moitié 
pour femme, afin que le présent fût aussi pour la femme de l'intro- 
ducteur ». 

Ces présents, bien entendu, ne devaient jamais être donnés en 
argent monnayé. Un introducteur, cependant, avait laissé introduire 
une coutume bien avilissante. Nous laissons ici la parole à M. de 
Breteuil : 

Cet introducteur prenait de Targent des Ambassadeurs et du moindre 
des envoyés et y avait mis des taux et des taxes ; d'abord pour déguiser 
et cohonnèteter tant soit peu cet indigne usage, ils avaient établi que 

1. Au xvni° siècle, c'était le portrait du roi entouré d'une garniture de diamants, 
valant de 15 à 20000 livres. 



9*; 

cet argent se portait chez un orfèvre nommé par eux, sous prétexte qu'ils y 
prendraient pour celte somme tel morceau d'argenterie qui leur conviendrait*. 
Aussi on ne lui portait plus aucun présent de la part des Ambassadeurs, et 
depuis que Sainctot avait acquis du dernier Bonneuil la moitié de sa charge, il 
s'était trouvé obligé de faire une bourse commune de ces présents ou pour 
parler plus juste de cet argent. En sorte que partage s'en faisait égal entr'eux 
dans les deux semestres. 

Dès que j'ai été nommé à la charge d'Introducteur, j'ai déclaré que je 
voulais absolument abolir cet usage dans mon semestre, et rétablir les présents 
en nature comme ils l'avaient été autrefois. En sorte que sans se servir de la 
fausse couverture d'un orfèvre attitré à cet effet ni de quelqu'autre pré- 
texte, on m'apportât chez moi, comme je le porte à l'Ambassadeur, un présent 
effectif, et afin que le rétablissement de l'ancien usage ne soit point à charge 
aux ministres publics, j'ai déclaré que je me contenterais d'une paire de gants 
d'Espagne quand on me l'apportera, résolu de ne jamais donner attention sur 
la qualité ou le prix du présent. 

Sur la résolution que je pris, Sainctot mon collègue a pris, sans hésiter le 
même parti et je lui dois cette justice qu'il aurait été incapable d'une indignité 
semblable à celle qui s'était pratiquée jusqu'alors, s'il ne l'eût trouvée établie 
de longue main; ainsi non seulement les présents en nature se trouvent présen- 
tement rétablis, mais la bourse commune est abolie, de manière qu'un de 
nous aura plus ou moins dans son semestre suivant que le hasard en décidera. 

Mais comme le présent ne se porte pas toujours à l'Ambassadeur immédia- 
tement après son audience de congé, il auroit pu arriver souvent ce qui vient 
d'arriver à l'occasion du présent fait à Erizzo, Ambassadeur de Venise, qui avait 
eu son audience de congé dans le mois de novembre 1699. C'est-à-dire que 
l'audience de congé fût dans un semestre, et le présent porté dans l'autre; ce 
qui aurait pu causer de fréquentes disputes d'intérêt entre les introducteurs 
ainsi que Sainctot vient de m'en faire une sur celui dont il s'agit. C'est ce qui 
a fait que Sainctot n'a plutôt émeu la question, que pour la décider je lui ai 

1. On lit dans la Relation du comte Giandemaria, envoyé de Parme en 1680 : « Je 
les informe que je viens de déposer chez le joaillier du roi un modeste témoignage de 
ma gratitude pour les services qu'ils m'ont rendus. Ce témoignage consiste, pour M. de 
Breteuil, en un billet de 400 fr., pour M. Girault, un de 200 fr. Ces messieurs 
m'expriment leur reconnaissance dans les termes les plus chaleureux. » (Comte Greppi, 
Visites de voyage du comte Giandemariaj Revue d'histoire diplomatique, t. IV, 1890, 
p. 362.) 






— 26 — 

envoyé le présent que j'avais reçu de TAmbassadeur de Venise; en attachant 
pour toujours le présent à celui des introducteurs qui fera l'audience publique 
de congé, qui est un terme fixe qu'on ne saurait varier. 

J'avais pris toutes les précautions possibles pour engager Erizzo à me faire 
en nature le présent qu'il devait à ma charge. Mais toute nouvelle introduc- 
tion, quelque juste et raisonnable quelle soit, souffre des difficultés. Erizzo 
qui sur le cérémonial, est le plus difficultueux et le plus pointilleux Ambassa- 
deur qui soit jamais sorti de Venise, et qui d'ailleurs avait cru ne devoir pas 
être content de la manière dont j'avais réglé l'audience de congé de sa femme, 
quoique je l'eusse réglée suivant la coutume pratiquée du tems des deux der- 
nières Reines, crût me piquer en s'obstinant de suivre pour le présent ce que 
son prédécesseur avait fait. Il se servit pour cet effet du même orfèvre qui 
avait précédamment fait ce commerce. 

L'orfèvre que je ne connais point vint me dire qu'il avait 100 pistoles à ma 
disposition, et que c'était l'Ambassadeur qui les lui avait remises. Ce discours 
m'offença encore plus qu'Erizzo n'avait eu envie de le faire et j'y répondis si 
vivement tant pour l'Ambassadeur que pour l'orfèvre que le pauvre marchand 
se trouva bien heureux d'être sorti de chez moi sain et sauf. Il fut reporter à 
l'Ambassadeur le succès de sa commission. Erizzo se plaignit des termes peut 
être un peu trop emportés dont je m'étais servis. Je me plaignis de mon côté 
de l'affront qu'il avait voulu me faire, et après de longues contestations de part 
et d'autres le Nonce Delphino son parent et son ami, le plus aimable 
homme que l'Italie ait envoyé en France depuis longtems, obligea Erizzo de 
me faire un présent en nature. Il m'envoya par un gentilhomme trois bas- 
sins d'argent pesant environ 1000 francs, et cet exemple qu'il m'était 
très important d'établir dans cette première occasion, a été suivi de tous les 
autres. J'envoyai les trois bassins à Sainctot. L'Ambassadeur y avait fait 
graver mes armes croyant que c'était pour moi. 

L'attitude de M. de Breteuil en cette circonstance honore la charge 
d'introducteur des ambassadeurs. Bien peu, parmi ceux qui l'ont, au 
xvm® siècle, exercée avant ou après lui, auraient pu faire preuve d'une 
telle dignité*. 

1. Dufort dit qu'il trouva établi l'usage de recevoir des ambassadeurs une botte 
d*or de cinquante louis ; c'était le joaillier des Affaires étrangères qui, sur ordre des 
ambassadeurs, les faisait remettre à Tintroducteur. Dufort montre la même indigna- 



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— 27 - 

Le choix des introducteurs ne fut, en effet, pas toujours très 
heureux. Les premiers qui furent nommés étaient des courtisans 
favoris du souverain ou d'anciens serviteurs de la couronne. Avec la 
vénalité des charges, la fonction passa quelquefois en des mains 
moins honorables. Pour une somme qui pouvait varier de 200 à 
300000 livres*, on approchait du roi et on faisait figure dans les 
plus belles fêtes de la cour. Aussi, à côté des Sainctot, dont le nom 
seul personnifie le cérémonial sous l'ancien régime, à côté de Bre- 
teuil que « la rage de la cour, des ministres, des gens en place ou à 
la mode » avait poussé à rechercher une place bien au-dessous de 
son mérite, vit-on les gens de cour les plus nouveaux briguer la 
charge. Les uns espéraient y trouver la consécration de leur rapide 
fortune, comme les Chabenat de Bonneuil, ou de leur récent anoblis- 
sement, comme les Chassepoux de Verneuil; d'autres ne voyaient 
dans les fonctions d'introducteur des ambassadeurs qu'un moyen de 
s'introduire eux-mêmes ; c'étaient Raymond, « un marchand mêlé », 
suivant l'expression de Marais, qui empruntait de Law la somme 
nécessaire pour payer sa charge, ou Foucault, marquis de Magny, 
qui, chassé de tous ses emplois et « battant le pavé », obtenait de la 
faveur du régent la permission d'acheter la succession de M. de 
Breteuil. 

Entre les mains du marquis de Magny, le protocole tomba bien bas. 
Il faut lire dans les Mémoires du temps le récit du scandale causé 
chez la duchesse de Berry, par cet étrange introducteur des ambas- 

tion que Breteuil quand le nonce Blancaforte, en 1754, lui fit remettre, au lieu de la 
botte, une reconnaissance de 1000 livres. (I, p. 151.) 

1. Vénale comme la plupart des autres charges sous l'ancien régime, « cette charge 
se perdait par la mort; mais on avait assez de crédit pour faire ohtenir tout de suite 
un hrevet de retenue pareil à celui dont jouissait le chevalier de Sainctot et qui mon- 
tait à 40000 écus ». (Dufort de Chbverny, I, p. 42.) On sait que le brevet de retenue 
était Pacte par lequel le roi garantissait au possesseur d'une charge une somme que 
le successeur devait payer aux héritiers de ce possesseur, au cas où celui-ci n'aurait 
pas vendu la charge de son vivant. 



sadeurs. Ils nous le montrent s'asseyaat sans être prié au souper et 
recevant si mal les observations de M. de Saumery, premier maître 
d'hôtel, que ce dernier « le prit à la cravate pour le conduire à 
M™" la duchesse de Berry, et l'eût exécuté si Magny n'eût trouvé 
moyen de s'en dépêtrer et de se sauver hors du Luxembourg dans 
la ville, où le lendemain il continua à débiter force sottises »'. Dix 
jours de détention à la Bastille ne calmèrent pas Magny. Il fut bientôt 
après compromis dans la conspiration de Cellamare et obligé de fuir 
en Espagne'. 

M. Dufort de Cheverny et les derniers introducteurs de l'ancien 
régime vinrent relever la charge du discrédit où elle était un instant 
tombée. 

La liste des introducteurs des ambassadeurs, de 1585 à 1792, 
à notre connaissance , n'a jamais été dressée. On la trouvera plus 
loin avec quelques indications biographiques sur chacun des intro- 
ducteurs. 

1. Dangeau, XVII, 2S4, 255, 257, 266, 431, 435. 

2. Saint-Simon, X, 4, 5. 



V 



A la création de la charge d'introducteur des ambassadeurs, M. de 
Gondi avait pris pour Taider dans ses fonctions son secrétaire Hubert 
Girault, qui l'avait accompagné à Rome et qui « avait appris à cette 
cour, centre de toutes les cérémonies, plus de ces sortes de choses 
qu'on n'en sait d'ordinaire en France ». 

Quelques années plus tard, le roi donna une des charges de secré- 
taire de sa chambre à Girault, qui devint ainsi secrétaire du roi à la 
conduite des ambassadeurs. Mais ce ne fut qu'en 1608 que ses fonc- 
tions devinrent officielles; il reçut alors un brevet de secrétaire ordi- 
naire en la charge de conducteur des ambassadeurs pour l'exercer 
près de l'introducteur. 

En 1622, Girault obtint un brevet de survivance pour son fils. 

« La manière dont cette charge était entrée dans la famille de 
Girault et les termes des brevets qu'ils avaient obtenus avaient fait 
prétendre à Bonneuil et à Sainctot que cette charge était à leur 
nomination, comme celle des officiers des Cent Suisses et des officiers 
des gardes de la porte sont à la nomination des capitaines de ces 
compagnies. Mais dès que Girault fut mort, le roi se fit représenter 



- 30 - 

lesdits brevets et, sur leur lecture, il décida que la charge était uni- 
quement à la nomination de Sa Majesté \ » 

Mais s'il ne nommait pas ce secrétaire, l'introducteur entendait 
l'avoir directement sous ses ordres; le brevet de l'un d'entre eux 
portait qu'il servirait avec l'introducteur au lieu de près l'introduc- 
teur. Le baron de Breteuil et Sainctot présentèrent un mémoire au 
roi pour faire réformer cet abus, et le 13 mars 1713 le roi décida que 
le brevet serait à l'avenir rédigé dans les termes suivants : 

« Aujourd'hui..- le roi étante Versailles, bien informé de la bonne 
conduite et de la capacité de l'un de ses gentilshommes ser- 
vants, Sa Majesté l'a retenu et retient en l'état et charge de son 
secrétaire ordinaire à la conduite des ambassadeurs près Sa Majesté, 

au lieu et place du sieur pour dorénavant l'exercer et y servir Sa 

Majesté en toute occasion près les sieurs conducteurs des ambassa- 
deurs et jouir de ladite charge aux mêmes honneurs et privilèges 

dont a joui ledit sieur et aux gages et appointements qui seront 

ordonnés par Sa Majesté, m'ayant commandé de lui en expédier le 
présent brevet qu'Elle a signé de sa main et fait contresigner par moi 
conducteur, etc. *. » 

Tandis que l'introducteur changeait chaque semestre, le secrétaire 
à la conduite était permanent; il était le véritable gardien de la tra- 
dition; c'est à lui qu'on avait recours en toute circonstance; son 
expérience n'était jamais en défaut; il avait soin, d'ailleurs, de tenir 
wn journal de sa charge où étaient relatés les moindres incidents qui 
pouvaient servir de précédents. Plusieurs de ces journaux ont été 
conservés et se trouvent au dépôt des archives du ministère des 
Affaires étrangères. 

1. Mémoires de Breteuil. Pour le conflit entre Torcy, Sainctot et Bonneuil, voir 
Dangeau, VI, 91. 

2. Mémoires de Breteuil; voir aussi, Luynes, Mémoires^ XVI, ik. 



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La charge d'introducteur des ambassadeurs disparut avec la 
royauté. A quoi, d'ailleurs, un introducteur aurait-il pu servir pen- 
dant la Révolution? il n'y avait plus d'ambassadeurs : ceux des repré- 
sentants des puissances étrangères, qui n'avaient pas quitté Paris, y 
vivaient, et non sans courir certains dangers, en simples particu- 
liers*. 

Aussi quand, le 9 août 1794, le nouvel ambassadeur des États- 
Unis, James Monroë, arriva à Paris, se trouva-t-il fort embarrassé. 
Comment serait-il reçu? Rien n'avait été prévu. L'ambassadeur régla 
lui-même son cérémonial. N'étant pas informé du département com- 
pétent ni des formes établies par la loi pour reconnaître son carac- 
tère, il fit part de sa mission aux représentants de la nation en leur 
faisant observer qu'il leur appartenait de déterminer le jour de son 
audience et de prescrire le mode diaprés lequel il devait être reçu. 
Le lendemain, la Convention nationale l'admit aux honneurs de sa 
séance et tout le cérémonial se borna à l'échange de deux discours. 

Mais plus tard, à l'occasion d'autres ambassades, le Comité de 
salut public crut devoir faire étudier « les cérémonies consacrées 



1. Voir F. Masson. Le Département des Affaires étrangères pendant la Révolution, 



— 32 — 

par l'usage chez les divers peuples de l'Europe lors de la réception 
des ambassadeurs et ministres plénipotentiaires », et sur sa proposi- 
tion la Convention rendit, le 4 floréal an III, lo décret suivant* : 

« Art. 1 . — A la réception des envoyés des puissances étrangères 
dans le sein de la représentation nationale, ceux qui seront revêtus 
du caractère d'ambassadeur seront assis dans un fauteuil vis-à-vis du 
président. 

« Ils parleront assis. 

« Art. 2. — Il sera placé, pour leur cortège, des banquettes à 
droite et à gauche. 

« Art. 3. — La disposition de l'article précédent est commune à 
tous les envoyés des puissances étrangères, revêtus du caractère de 
ministre plénipotentiaire, 

<ï Art, 4. — Le président, dans sa réponse à l'ambassadeur ou 
autre envoyé, lui donnera les mêmes titres qui lui seront attribués 
par ses lettres de créance. » 

Ce cérémonial fut employé pour la première fois à l'occasion de 
l'arrivée du baron Éric Magnus Staël de Holstein, ambassadeur de 
Suède. En 1795, la plupart des puissances étaient représentées à 
Paris; mais leurs envoyés devaient éprouver quelques difficultés à 
s'accoutumer au nouvel ordre de choses. Le ministre des relations 
extérieures ne les faisait-il pas inviter, le 21 janvier 1796, à la fête 
de l'anniversaire de l'exécution de Louis XVI ! 

Sous le Directoire, avec M. de Talleyrand au ministère, on revint 
à des formes plus correctes vis-à-vis du corps diplomatique. 

Barras, à ce que dit M. de la Jus dans ses Recherches sur le Céré- 
monialy avait songé à rétablir la charge d'introducteur des ambassa- 



1. Voir le Code diplomatique^ par Portiez, de TOise^ tribun. 



— 33 — 

deurs. Une nous a pas été possible de vérifier ce fait. Il est vrai qu'un 
journal du temps, en relatant les divers incidents auxquels donna lieu 
l'arrivée de l'ambassadeur turc, a mentionné un introducteur des 
ambassadeurs, M. de laChabeaussière*. Mais n'était-ce pas seulement 
de la part d'un journaliste d'opposition une pointe que suffisent à 
expliquer les intimes relations des deux frères Poisson de la Cha- 
beaussière avec le directeur Barras? Le cérémonial fixé par le Direc- 
toire exécutif pour la réception et l'audience publique de l'ambassadeur 
ottoman ne fait aucune allusion à l'introducteur des ambassadeurs. 
Nous ne croyons pas inutile de reproduire ici ce curieux docu- 
ment* : 

La réception et audience publique du Directoire exécutif pour TAmbassa- 
deur ottoman auront lieu le dix thermidor prochain. L'audience sera fixée à 
cinq heures après-midi et les marches des cortèges se combineront en con- 
séquence. 

Le général commandant la division militaire ira prendre l'Ambassadeur à 
son hôtel pour le conduire au Directoire, et, dans la marche, sa voiture précé- 
dera immédiatement celle dans laquelle montera TAmbassadeur, ou marchera à 
son côté gauche. 

L'Ambassadeur se rendra au Palais directorial en passant par le pont de la 

1. Le Thé, n® du 16 juiUet 1797 : « Le Directoire a ordonné au ministre Bénézech 
d*aller au-devant de Tambassadeur ottoman et de se conformer aux lois de Tétiquette 
concernant les ambassadeurs de la cour ottomane. Le ministre a consulté l'archiviste 
dépositaire du compendium des cérémonies à observer en pareil cas par la Répu- 
blique française. L'archiviste a consulté ses commis, qui ont consulté le Catalogue 
alphabétique des livres de la Bibliothèque nationale. Or comme on n'y a rien trouvé, 
on a convenu que cette fois on se conformerait aux usages de la monarchie. D'après 
cela, le ministre Bénézech a fait savoir à tous ses gens qu'ils eussent à se tenir prêts 
à monter à cheval au premier moment. Le discours, composé par M. de Talleyrand- 
Périgord, sera prononcé à la porte Saint-Marceau par M. de la Ghabeaussiére, intro- 
ducteur des ambassadeurs de la République. » 

Sur les La Ghabeaussiére, leur carrière politique et administrative, et leur rôle 
comme journalistes, acteurs dramatiques ou régisseurs de théâtre, voir la Biographie 
Michaud et les Mémoires de Barras (III, 78, 80). Voir aussi aux Archives nalionalest 
AFm* 177. 

2. Archives nationales, AFm* 177 (fol. 67, n'»979), 6 thermidor an V. 



5 



— 34 — 

Révolution, suivra les quais jusqu'au Pont-Neuf, rue de Thionville et celle de 
Tournon . 

La marche, depuis son hôtel jusqu'au Palais directorial, sera ordonnée ainsi 
qu'il suit : 

Un détachement de quarante hommes de cavalerie ; 

Le commandant de cette troupe, le maréchal des logis ^ et le capitaine de 
gendarmerie qui ont été chargés d'accompagner l'Ambassadeur de Marseille h 
Paris, à cheval ; 

Une musique militaire nombreuse ; 

Les chevaux de main de l'Ambassadeur; 

Les voitures et sa suite, dans l'ordre qu'il jugera à propos ; 

La voiture du Minisire des Relations extérieures; 

Deux voitures du Directoire exécutif, dans l'une desquelles l'Ambassadeur 
montera. 

Un détachement de quarante hommes de cavalerie terminera la marche. 

Lorsque l'Ambassadeur montera en voiture, une ordonnance se détachera et 
viendra avertir le Ministre des Relations extérieures que son cortège est en 
marche. 

Le Ministre des Relations extérieures, formant un cortège particulier com- 
posé du corps diplomatique qu'il invitera, d'une partie de ses bureaux et d'une 
troupe à cheval, se mettra en marche par la rue du Rac, le Pont national, de 
manière à rencontrer le cortège de l'Ambassadeur vers le débouché du Pont 
national. 

L'Ambassadeur et son cortège feront halte, au sortir des Tuileries, si cela 
est nécessaire, en attendant que le cortège du Ministre des Relations extérieures 
ait passé. 

Afin que la marche ne puisse être croisée ou interrompue, il sera placé de 
distance en distance, à chaque coin de rue, des piquets d'infanterie. 

On battra aux champs aux corps de garde devant lesquels le cortège passera. 
La garde du Directoire sera entièrement sous les armes. 

Arrivé dans la cour du Palais directorial, l'Ambassadeur, le premier secré- 
taire de légation, le premier et le second drogman, Tintendant et le mihman- 
dar seront reçus dans le salon d'un des citoyens Directeurs, par le Ministre 

1. Ce maréchal des logis qui devait, quelques années plus tard, devenir ministre 
des Affaires étrangères, était le chef d'escadrons de Gaulaincourt, aide de camp du 
général Aubert Du Bayet, et chargé par lui d'amener, en qualité de Mihmandar, Tam- 
bassadeur turc de Constantinople en France. 



— 35 — 

des Relations extérieures et le Minisire de Tlntérieur. Là ils attendront l'instant 
où le Directoire pourra le recevoir. Quatre huissiers viendront les avertir et 
les conduiront à la salle d'audience. 

L'Ambassadeur marchera entre les deux Ministres, et il sera suivi par les 
personnes de sa suite désignées ci-dessus, qui entreront seules avec lui dans la 
salle d'audience. Le reste de la suite s'arrêtera dans la pièce voisine. 

L'Ambassadeur fera trois saints en s'avançanl vers les Directeurs, qui reste- 
ront couverts. Après que le Ministre des Relations extérieures l'aura présenté, 
l'Ambassadeur prononcera son compliment, qui sera traduit par son premier 
drogman, et l'interprète du Directoire, qui se tiendra à la gauche du Ministre 
des Relations extérieures, traduira de suite à l'Ambassadeur la réponse du prési- 
dent du Directoire. 

Ensuite TAmbassadeur sera introduit dans une seconde pièce du Directoire 
pour y causer pendant quelques instants sans cérémonie. 

Lorsque l'Ambassadeur se retirera, le Ministre des Relations extérieures 
l'accompagnera jusqu'à la porte de la salle d'audience, et l'interprète du Direc- 
toire jusqu'à la voiture. 

L'Ambassadeur retournera à son hôtel dans la même voiture et avec le 
même cortège qui l'aura suivi depuis son hôtel jusqu'au palais du Directoire, 
à l'exception du général de division militaire. 

Après l'audience, la garde d'honneur qui a été mise chez l'Ambassadeur 
depuis son arrivée sera congédiée. 

Le Ministre des Relations extérieures donnera à l'Ambassadeur, le jour de 
l'audience, un dîner de cérémonie, où celui-ci se rendra seul avec les officiers 
de l'Ambassade, dont il voudra se faire accompagner. 

Le Ministre des Relations extérieures invitera les ministres ses collègues à 
assistera la cérémonie de l'audience, et ils y viendront revêtus de leurs costumes. 

Ce Ministre est chargé de l'exécution des présentes instructions, et de se 
concerter avec ceux de ses collègues dont le concours lui est nécessaire. 

Sous le Consulat comme sous le Directoire, le ministre des Rela- 
tions extérieures remplit les fonctions d'introducteur. Dans la céré- 
monie de l'installation des consuls, les ambassadeurs qui « étaient 
tous en habits de cérémonie, en épée et avec les cordons de leurs 
ordres », furent présentés par Talleyrand, alors ministre. « Ils 
remirent leurs lettres de créance au Premier Consul, qui les donna 



— 36 — 

aussitôt au citoyen Talleyrand. » Ensuite tout le corps diplomatique 
dîna chez le Premier Consul. Bonaparte recevait régulièrement le 2 
et le 17 de chaque mois les ambassadeurs étrangers; quelquefois il 
leur accordait une audience extraordinaire. C'est l'une de ces au- 
diences qu'a représentée Desrais dans un charmant dessin de la col- 
lection Beurdeley que l'on a pu voir au grand palais dans l'Exposi- 
tion centennale de l'art français. 

La charge d'introducteur des ambassadeurs ne reparut qu'avec 
l'Empire. 

D'après le « cérémonial du palais », le grand-maître des cérémo- 
nies avait deux genres différents de fonctions, les cérémonies et 
l'introduction des ambassadeurs, et chacun de ces genres se subdivi- 
sait en deux, les grandes cérémonies publiques et solennelles et les 
cérémonies ordinaires, les introductions solennelles et les introduc- 
tions ordinaires. 

Le grand-maître était assisté de deux maîtres des cérémonies, 
introducteurs des ambassadeurs, alternativement de service par trois 
mois, et de deux aides des cérémonies, secrétaires à l'introduction. 

Le costume des grands officiers de la couronne, avec la couleur 
violette, était porté par le grand-maître des cérémonies. 

Voici, d'après l'ouvrage sur le sacre de Napoléon P", la descrip- 
tion du costume de l'aide des cérémonies, secrétaire à l'introduc- 
tion : habit français de drap violet brodé d'argent, veste et culotte 
de drap blanc, brodées d'argent; jabot et manchettes de dentelle, 
chapeau à trois cornes, garni d'argent; plumet blanc. Le bâton de 
velours violet, garni d'or à la poignée, pomme d'ivoire, cercle d'or*. 

Des procès-verbaux exacts de chaque introduction étaient dres- 

1. Nous avons retrouvé aux Archives nationales, 0M37, le compte de fourniture des 
bâtons de cérémonies : 

Compte de M. Biennais, orfèvre de S. M. l'Empereur et Roi, rue Saint-Honoré, 
n<> 283 : 

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- Un Aide des Cérémonies, Secrétaikk a la Cokdi 
Sous le Premier Empire. 



— 37 — 

ses; le grand-maître les signait et en présentait à la fin de chaque 
année le recueil à Tempereur; cette collection devait former « le nou- 
veau cérémonial français ». 

On avait dû, en eflfet, se préoccuper de reconstituer un cérémo- 
nial. « Depuis quinze ans, écrivait M. de Talleyrand à M. d' Haute- 
rive, dans une lettre que nous avons déjà citée, la plupart des 
questions du cérémonial avaient été perdues de vue. Lorsqu'on a 
voulu les rétablir, on n'en a pas assez recherché les principes et 
embrassé l'ensemble. Chaque époque a amené quelque diflférence 
dans le protocole, et c'est en tâtonnant qu'on a cherché à revenir 
aux convenances si longtemps abandonnées. » 

Convaincu de la nécessité d'un cérémonial fixe et régulier, Talley- 
rand forma, en octobre 1806, dans l'intérieur de son département, 
une commission chargée de lui donner son opinion sur toutes les 
questions de cérémonial, de protocole et d'étiquette. Cette commis- 
sion, composée de M. d'Hauterive, président, et de MM. Pfeffel, 
Bourgoing, de Rayneval et Besson, devait faire un « corps complet 
du protocole », qu'elle rattacherait ensuite à l'étiquette du palais. 
Elle n'eut pas le temps de réaliser ce plan. Un an à peine après sa 
création, elle était supprimée à la suite de diverses erreurs com- 
mises dans les titres des rois, frères de l'empereur. 

noir, parsemé d*abeilles en vermeil, ciselées, découpées et pointées sur lesdits 
bâtons, et la pomme, ainsi que le bout, en ivoire; le bout armé d^acier et sur la 
pomme une abeille ciselée et dorée, ainsi que toutes les viroles, valant pour poids 
de Targent, dorure, façon et velours, 270 fr. chaque, ci 540 fr. ; 

« 2^ Pour fourniture d*un bâton de grand-maître dQs cérémonies, garni en velours 
bleu parsemé d'abeilles en vermeil, pointées sur ledit bâton, lequel est surmonté 
d'un chapiteau orné de feuilles d'olivier et de chêne sur lequel est une couronne 
impériale; le tout en vermeil ciselé et orné de cannelures torses. Ledit bâton vaut 
pour poids, dorure, façon, ciselure et velours, 400 fr. Total, 940 fr. » 

Approuvé le compte ci-dessus, le 26 août 1812. 

Le grand-maitre des cérémonies^ 
Le comte db Ségur. 



« La commission du protocole, qui est auprès du ministère, écrî- 
Tait, le 15 mars 1808, l'empereur à M. de Champagny, n'a pas le sens 
commun; je désire qu'elle soit dissoute'. » 

Ce fut au grand-maître des cérémonies, M. de Ségur, qu'incomba, 
dès lors, jusqu'à la fin de l'Empire, tout le service du protocole, et 
avec un souverain tel que Napoléon I", ce ne dut pas être sans diffi- 
culté qu'il put remplir ses fonctions ^ 

1. Correspondance, D° 13654. 

9. ■Voirnotammenl la lettre de l'Empereur au comte de Ségur, du 11 juin 1811. 
Correspondance, n" 17797. 



I-IBEHTE, EGALITE, OU I.A MORT. 



REPUBLIQUE FRANÇAISE 



VII 



La Restauration ramena le cérémonial de Tancienne cour avec ses 
traditions et toute sa pompe sous les règnes de Louis XVIII et de 
Charles X. Les introducteurs des Ambassadeurs reprirent leurs 
fonctions et TAnnuaire royal qui depuis 1740 les mentionnait à la 
suite du corps diplomatique étranger n'eut pour ainsi dire pas à 
changer leurs noms. Comme sous Louis XVI la charge appartenait à 
la famille la Live d'Épinay. 

Cependant à côté des introducteurs s'était formée une institution 
nouvelle. Sous le premier Empire on avait établi au département des 
Relations extérieures un Bureau des passeports qui parmi ses attribu- 
tions avait à s'occuper des privilèges des ambassadeurs étrangers; 
c'était lui, par exemple, qui leur distribuait les cartes d'identité permet- 
tant au corps diplomatique de circuler librement partout*. Ce bureau 
devint bientôt le Bureau du Protocole auquel fut confiée la rédaction 
des pleins pouvoirs, des ratifications, des lettres du roi aux souve- 
rains et princes étrangers, des lettres de notification, des lettres de 

i. On trouvera page 72 le fac-similé d'une de ces cartes d'identité dont l'original 
est conservé dans Tœuvre du graveur Gatteaux, au cabinet des Estampes. N. M. Gat- 
leaux fut sous le premier Empire et sous la Restauration le graveur attitré du ministère 
des Affaires étrangères, qui lui doit ses cachets, ses timbres, ses passeports et jusqu'aux 
étiquettes des cartons du dépôt des Archives. 



— 40 — 

créance et de rappel, enfin de tout ce qui tenait à la correspondance 
de forme et de cérémonial. 

Ce bureau fort modeste au début (il dépendait d'abord de la direc- 
tion des Chancelleries), donna lieu, au cours de la session législative 
de 1832 et de 1833, à de graves discussions. On en contesta Futilité; 
pourquoi tant d'employés, lorsqu' « une sorte de répertoire où se 
trouveraient les formules du cérémonial, suffirait »? Ce bureau était 
d'ailleurs de création récente : « il n'y avait pas de chef de bureau 
chargé d'observer le cérémonial à l'époque des traités de Tolentino, 
de Léoben et de celui de Campo-Formio. On n'avait pas à examiner 
si tel ministre plénipotentiaire devait signer avec ou sans paraphe, 
si à la suite de son nom il devait apposer le sceau de ses armes ou 
celui des armes du pays dont il défendait les intérêts. Par le temps 
qui court, s'il est une fonction ridicule, c'est bien celle-là... » L'ora- 
teur qualifiait le bureau du Protocole de « niaiserie » et en deman- 
dait la suppression « comme un contre sens dans le temps où nous 
vivons »*. 

Le bureau du Protocole trouva un défenseur autorisé dans la 
personne du commissaire du Gouvernement, M. Mignet : « Les règles 
que le bureau du Protocole est chargé de maintenir et qui se trouvent 
admises par tous les États, ne sont pas relatives à un vain cérémo- 
nial. Les républiques elles-mêmes, qui paraîtraient devoir y rester 
étrangères, n'y sont pas le moins du monde indifférentes; très souvent 
des négociations importantes se trouvent entravées par des difficultés 
de protocole, par des vices de forme; et cela seul démontre la 
nécessité d'un bureau qui, connaissant les règles, puisse dégager 
les négociations des subtilités et des obstacles que des puissances 
seraient intéressés à jeter au-devant de la conclusion d'une affaire. 
C'est le bureau du Protocole qui est chargé de lever ces difficultés 

1. Discussion du Budget des Affaires étrangères. Discours de M. Auguis, séance du 
21 février 1833, 



— 4t — 

lorsqu'elles se présentent, et il faut pour cela qu'il connaisse les 
usages des peuples divers et qu'il conserve les traditions, non seule- 
ment de la France, mais encore des autres pays... » 

M. Mignet sauva le bureau du Protocole qui devint, à la suite de 
l'ordonnance du 13 août 1833, un bureau autonome et prit une nou- 
velle importance quand son chef* fut en 1852 appelé à exercer les 
fonctions d'i«troducteur des Ambassadeurs. 

L'Empereur Napoléon III qui, comme Prince-Président, s'était 
donné un introducteur des ambassadeurs, le comte Bacciochi, avait, 
dès son avènement au trône, fait réimprimer le Cérémonial du pre- 
mier Empire. On vit alors reparaître le grand-maître des cérémonies, 
avec les deux maîtres des cérémonies, introducteurs des ambassadeurs, 
et les deux adjoints aux cérémonies, secrétaires à l'introduction des 
ambassadeurs. L'un des introducteurs fut, pendant toute la durée du 
second Empire, le chef du bureau du Protocole, M. Feuillet de 
Couches*. 

Entré au département en 1814, au bureau du Protocole en 1824, 
M. Feuillet de Conches avait, sous les régimes les plus divers, assuré 
le maintien des traditions et de la forme. Il ne prit sa retraite qu'en 
1874, et quoique le gouvernement de la République n'ait pas rétabli 
le titre d'Introducteur des Ambassadeurs, M. Feuillet de Conches en 
avait été honoré si longtemps qu'il continua à le porter. L'usage l'a 

1. Le premier chef du bureau du Protocole fut M. de Mornard. Né à Versailles, le 
15 mai 1750, mort à Paris le 23 janvier 1826, Louis de Mornard fut successivement 
secrétaire général des duchés de Lorraine et de Bar (1773), secrétaire de la musique du 
roi et secrétaire du cabinet de Madame Victoire (1783), secrétaire général de la 
commission des transports militaires (1793), puis de celle des relations extérieures 
(1794), consul à Gijon (1795), et à Malaga (1800). Nommé en 1814 chef du bureau du 
Protocole, il fut remplacé en 1824 par M. Louis Besson. Ce dernier, qui était entré au 
département en 1795, fut mis à la retraite eu 1832. Le baron Feuillet de Conches, 
que les annuaires appellent jusqu'en 1852 M. Félix Feuillet, succéda à M. Besson comme 
chef du bureau du Protocole. 

2. Le second introducteur fut le baron de Ghâteaubourg de 1853 à 1857 et, de 1857 
à 1870, le baron de La Jus. 

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— 42 — 

donné à ceux qui lui ont succédé comme chefs du service du Pro- 
tocole ; ils ont d'ailleurs exercé toutes les attributions de l'intro- 
ducteur. 

Ainsi^ peu à peu^par la suppression des distinctions qui existaient 
entre les fonctions d'introducteur des ambassadeurs, de maître des 
cérémonies, et de chef du service du Protocole, on fut amené, en 
France, à confondre sous une même appellation l'ancien formulaire 
des offices et des instruments diplomatiques et les formes mêmes 
observées dans les cérémonies publiques, ce qui a conduit à donner à 
un mot bien ancien une signification nouvelle et plus étendue et à 
créer le « Protocole » moderne. 



LISTE DES INTRODUCTEURS DES AMBASSADEURS 



DE 1585 A 1792 



158S-160S J. DE GoNDi. 



PREMIÈRE CHARGE 



DEUXIÈME CHARGE 



160S-1620 J. B. DE GoNDi. 

1620-1631 D'EsPEissEs. 

1631-1635 Badtru. 

1635-1671 Berlize. 

Cette charge est réunie 
à la seconde entre les 

1671-1691 / mains de Chabenat de 

Bonneuil , puis eatre 
\ celles de son fils. 

1691-1709 Sainctot. 

1709-1752 N. S. Sainctot. 

1752-1764 DcFORT de Gueverny. 

1764-1785 La Live de la Briche. 



1605-1631 De Thoc de Bonœil. 
1631-1634 GuRON. 
1634-1659 Brûlon. 
1659-1680 Chabenat de Bonneoil. 
1680-1698 Chabenat de Bonnegil. 
1698-1715 Breteuil. 
1715-1719 Magny. 
1719-1723 Raymond. 
1723-1725 Rouillé de Meslay. 
1725-1730 MoNTCONSEiL. 
1730-1736 Hébert. 
1736-1747 Verneuil. 
1747-1757 Verneuil. 



1785-1792 Taillepied delà Garenne. 1757-1773 La Live de Jully. 

1773-1792 ToLOZAN. 



SECRÉTAIRES A LA CONDUITE DE 1585 A 1792 



1585-1625 GiRAULT. 
1625-1697 René Girault. 

1699-1709 VlLLERAS. 

1709-17.. Merlin du Chélas. 



1 7 . . -1 7 . . La Tournelle. 
17.. -1761 La Tournelle. 
1761-1792 Le Roi de Séqueville. 



LISTE DES INTRODUCTEURS DES AMBASSADEURS 

DE 1804 A 1900 



1804-1813. 

De Ségur, grand-maître des cérémonies ; 
Salmatoris, Fontaine de Grâmayel, de Seyssel, du Hamel, de Prie, 

Maîtres des cérémonies, introducteurs ; 

AiGNAN, DaRGÂINARATZ, 

Aides des cérémonies, secrétaires à l'introduction. 



1814-1829 De la Live. 

1814-1821 De Rémusat. 

^ } en survivance. 

1821-1829 D'ÉpiNAY. 

1829-1830 D'ÉpiNAY. 

Le Chey. de l'ëspine et le Baron de Viviers, 

Secrétaires à la conduite. 



1830-1848 de Saint-Madris. 
1851 Comte Bacciochi 



1882-1870. 
Duc de Gambacérès, grand-maître des cérémonies; 
Feuillet de Gonches, Baron de Giiateaubourg, Baron de La Jus, 

Introducteurs des Ambassadeurs; 

Baron de La Jus, Baron Sibuet, Puech Gazelle, Lecoq, Bertora, 

Aides des cérémonies, secrétaires à l'introduction . 



1870-1874 Feuillet de Goncues. 
1874-1888 MoLLARD. 
1888-1893 D'Ormesson. 
1893-1895 De Bourqueney. 
1895 Ph. Grozier. 



NOTES 



SUR 



LES INTRODUCTEURS DES AMBASSADEURS 



DE 1585 A 1792 



Jérôme de Gondl. ^ 

1585-1605. 

Le premier introducteur des ambassadeurs, Jérôme de Gondi, naquit à 
Valence, en Espagne, vers 1550, de François-Marie, envoyé du grand-duc de 
Toscane à Madrid, et de Anne Veiez de Guevara. Il fut attiré en France par son 
oncle Jean-Baptiste (1501-1580), maître d'hôtel de Catherine de Médicis, qui lui 
donna la baronnie de Godun et lui laissa ses biens. 

Catherine de Médicis l'employa dans de nombreuses missions; il négocia, 
notamment, en Espagne, le mariage de Charles IX et d'Elisabeth d'Autriche, 
et signa le traité stipulant les conditions de cette union (1570). Il fut chargé de 
conduire à l'audience du roi lord Walsingham, ambassadeur d'Angleterre 
(15 janvier 1571), et « commis à recevoir », le 29 mars 1571, le nonce et les 
ambassadeurs d'Espagne, d'Ecosse et de Venise, lors de l'entrée de la reine à 
Paris. En 1578, il fut ambassadeur extraordinaire à Venise, et en 1589 à Rome 
à l'avènement de Henri IV. C'est par son intermédiaire que le grand-duc de 
Toscane fit passer les subsides considérables qu'il porta au nouveau roi. 
Henri IV, reconnaissant, le fît gentilhomme de la Chambre et chevalier de 
l'ordre; en 1600, il fut chevalier d'honneur de la reine Marie de Médicis. Il 
épousa Louise Bqnacorsi. Il fit construire un magnifique hôtel occupant, avec 
ses dépendances et le jardin, tout l'espace actuellement compris entre les rues 
de Condé, de Vaugirard, Monsieur-le-Prince et le carrefour de l'Odéon. 



— 46 — 



Jean-Baptiste de Gondi. 

1605-1620. 

Jean-Baptiste de Gondi, né le 12 août 1576; d'abord gentilhomme ordinaire 
de la chambre du roi, il devint introducteur des ambassadeurs en survivance 
de son père en 1605, et conseiller d'Elat le 47 décembre 1607. Il mourut en 1639. 

De son mariage avec Polyxène, fille de Ferrante Rossi, général de Tarmée 
vénitienne, et d'Anne de Gonzague, il n'eut qu'un fils, Jérôme qui mourut en 
1686, à l'âge de 81 ans, à Florence où il s'était retiré. Entièrement ruiné par 
les dépenses prodigieuses de son père, Jean Baptiste de Gondi avait dû vendre 
en 1609 son palais de Florence à Philippe de Gondi son parent, et en 1612 son 
hôtel de Paris au prince de Condé*. 

De Thou de Bonœil. 

1605-1631. 

M. de Thou de Bonœil « toujours dans l'adoration du ministère, dit Talle- 
mant des Réaux^, et qu'on appelait vulgairement le dévot de la cour ». Gon- 
seiller d'Etat le 31 octobre 1614; pour reconnaître ses services, le roi lui 
donna en 1610 « 60 000 livres à prendre en cinq années consécutives par 
égales portions sur ses deniers tant ordinaires qu'extraordinaires^ ». 

Faye d'Espeisses. 

1620-1631. 

Charles Faye, chevalier d'Espeisses, baron de Trisac et de Cherrousse, 
appartenait à une famille de magistrats célèbres au xvi*^ siècle. Conseiller au 
Parlement en 1611, maître des requêtes en 1618, introducteur des ambassa- 
deurs en 1620, et en même temps ambassadeur en Hollande, d'Espeisses était 
en relations avec les plus grands littérateurs de son temps. Lui-même a publié : 
Mémoires de plusieurs choses considérables advenues en France depuis le 

1. Voir GoRBiNELLi, Histoire généalogique de la maison de Gondi, Paris, 1705, 2 vol 
in-4^ 

2. Tallemant des Réaux, H, 13. 

3. Bibliothèque Nationale, cabinet des Titres, Pièces originales, 412 






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commencement de 1607 où finit F histoire de M, de Thou jusqu'en 1609. Paris, 
1634, in-8«. Il mourut le 5 mai 1638. 

On conserve à la Bibliothèque Nationale, Fonds Français, n*>» 17943-17945, 
trois registres de dépêches de M. d'Espeisses pendant son ambassade en 
Hollande. 



Guron. 

1631-1634. 

Jean de Rechignevoisin, sieur de Guron, né vers 1575, mort en 1635. Con- 
seiller d'État en 1621, gouverneur de Brouage en 1626, chargé de mission en 
Piémont au moment de l'affaire de Mantoue, il se distingua au siège de Casai 
en 1629; ambassadeur extraordinaire en Lorraine en 1632 et 1633. Guron 
fut nommé introducteur des ambassadeurs le 12 septembre 1631. La Gazette 
de France (19 et 26 mars 1632) cite de lui un trait que nous croyons devoir 
rapporter : « L'ambassadeur d'Espagne don Gonzalès de Cordoue ayant refusé 
un présent du roi, ce qui n'a jamais été pratiqué d'aucun autre ambassadeur 
en temps de paix; eut bientôt après sa riposte; car le sieur Navas, secrétaire de 
l'ambassade d'Espagne, ayant offert un présent de sa part au sieur de Guron, il 
fut payé d'un même refus; lui disant qu'il ne recevait rien de la part d'un 
ministre d'Espagne qui avait refusé en France la libéralité du roi et qu'il 
était contraint de chercher un exemple de son refus en l'action de don Gon- 
zalès, parce qu'il n'en trouvait point ailleurs, lui ajoutant qu'à Paris non plus 
qu'à Casai il n'était aisé à surprendre. » 

Guron a laissé une relation du siège de Mantoue qui est imprimée dans 
VHistoire de Louis XIII du Père Griffet. 



Bautni. 

1631-1635. 

« Le sieur de Bautru l'aîné, dit la Gazette de France, du 28 juillet 1631, fut 
reçu à la charge de conducteur des ambassadeurs, qui n'auront pas de quoi 
se plaindre de ce changement, car si son devancier savait l'histoire ancienne, 
il n'ignore pas la moderne. » 

Né à Angers en 1588, Guillaume Bautru, après avoir été un des favoris de 



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— 48 — 

Marie de Médîcis, fut employé par le cardinal de Richelieu qui lui confia 
diverses missions en Angleterre et en Espagne; mais ses négociations Font 
rendu moins célèbre que son esprit. Tallemant des Réaux lui a consacré une 
historiette. Le Ménagiana est plein de ses bons mots; « il n'a jamais pu 
s'empêcher de médire, et comme les chiens ne mordent guère sans recevoir des 
coups de bâton, le pauvre Bautru ne manqua pas d'en avoir... » L'esprit de 
Bautru s'exerçait même à ses dépens et les recueils du temps rapportent 
maintes anecdotes auxquelles donna lieu le mariage malheureux contracté par 
l'introducteur des ambassadeurs avec Marthe Bigot, fille d'un maître des 
comptes : « Il est surprenant, dit Ménage, que pendant quarante ou cinquante 
ans M. de Bautru ait rempli toute l'Europe de ses railleries et de ses bons mots 
pendant qu'il y avait tant de choses à dire contre lui. Risum fecit sed ridiculus 
fuit. » 

Bautru fut de la première liste de l'Académie française. Il mourut le 
7 mars 1665. Le château de Serrant, qu'il avait fait construire près d'Angers 
et dont la châtellenie avait été érigée en comté en 1636, appartient maintenant 
au duc de la Trémoille. On y conserve un portrait en pied de Bautru; il existe 
de lui deux portraits gravés, l'un, en robe, par Fr. Ghauveau, l'autre, en 
cuirasse, par Picart; c'est ce dernier que nous reproduisons ici*. 



Brûlon. 



1634-1659. 



Anne, comte de Brûlon, originaire de Bretagne, fut envoyé en mission 
auprès de l'électeur de Trêves et en Piémont; nommé introducteur en 1634, il 
se démit volontairement de sa charge en 1659. Il a laissé des mémoires sur le 
cérémonial dont la Bibliothèque Nationale (Fonds Français, n<> 18520) et la 
Bibliothèque de l'Arsenal (n® 5410), conservent des copies. Des extraits de ces 
mémoires ont paru en 1649 dans le deuxième volume du Cérémonial français. 

Nous reproduisons ici un portrait de Brûlon, gravé par Garnier, qui se 
trouve au cabinet des Estampes. 

1. Sur Bautru, voir outre Thistoriette de Tallemant des Réaux, l'ouvrage de 
M. René Kerviler : Guillaume Bautru^ comte de Serrant, l'un des quarante fondateurs 
de V Académie française {i 588-1 565), 1876, in-8, et une notice dans Saint-Simon, éd. 
Boislisle, IV, 90. 






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— 49 — 



Berlize. 



1635-1674. 



Nicolas de Berlize était le iils de Guichard Faure, secrétaire du Roi, baron 
de Tisy en Beaujolais, seigneur de Champs-sur-Marne, de Berlize près Rethel, 
de Montcornet et de Dormans près Meaux, maître d'hôtel ordinaire du Roi et 
conseiller d'État, et de Madeleine Brûlart, sœur du chancelier de Sillery. Gui- 
chard Faure avait été à plusieurs reprises chargé de négociations en Alle- 
magne et en Italie, il mourut à 82 ans, le 20 mars 1623, et fut, ainsi que 
sa femme, enterré dans Téglise des Récollets, près de Saint-Laurent; Tépi- 
taphe les qualifie de fondateur et de bienfaiteur de ce couvent*. 

Nicolas Faure de Berlize mourut en février 1671, sans alliance. Sa sœur 
avait épousé Claude de Bullion, le surintendant des finances; son frère Jules 
César, seigneur de Dormans, conseiller au Parlement, eut d'Anne Blondeau 
plusieurs enfants qui continuèrent le nom. 

Peu d'introducteurs eurent pendant leur charge à recevoir autant d'ambas- 
sades intéressantes. Sans parler de l'envoyé éthiopien qu'il présenta à la cour, 
M. de Berlize fut chargé d'accompagner les ambassadeurs Polonais venus pour 
le mariage de Marie de Gonzague, et l'ambassade moscovite de 1654, la pre- 
mière que l'on vit à Paris. 

Son nom est plus d'une fois cité dans la Muse historique : 

... Le charmant monsieur de Berlize 
Dont l'adresse et Tesprit surprend 
Âyait à tous marqués le rang 
Qu'ils devaient tenir dans l'église* : 

... Le sage monsieur de Berlize 

Qu'en son employ beaucoup l'on prise. 

Il figure dans un grand nombre d'estampes du temps ; on le voit dans l'entrée 

de Christine de Suède et dans celle des Polonais que nous reproduisons ici. 

Nicolas de Berlize a laissé des mémoires sur sa charge. Bibliothèque natio- 

1. Bib. Nat., Cabinet des Titres. Pièces originales 1107. Dossiers bleus, 262, 6733. 

2. Les continuateurs de Loret, I, p. 467. 

3. Id.y I, p. 3. 

7 



— 50 -- 

nale, Fonds Français, n® 18520. On en trouve des extraits à TArsenal, 
ms. 5410, p. 421-462. 

Le portrait de Berlize peint par Pailiot a été gravé par Varlet. Il existe au 
cabinet des Estampes une très belle gravure qui le montre présentant son 
neveu au roi. 



Ghabenat de BonneulL 



1659-1680. 



Etienne Ghabenat, seigneur de Bonneuil, vicomte de Savigny, baron de 
Nouan, ancien commis de d'Hémery, s'était énormément enrichi sous la 
Fronde. 

Il obtint en 1671 de réunir à sa charge celle que la mort de Berlize laissait 
vacante; il la garda jusqu'à sa mort le 25 avril 1680. 



Ghabenat de Bonneuil. 



1680-1698. 



Dès 1674, Ghabenat de Bonneuil avait obtenu la survivance de son père 
pour les deux charges d'introducteur qu'il ne posséda qu'à partir de 1680. Il 
en vendit une à Sainctot en 1691. 

« Ayant peu de bien, il ne fit pas trop mal, dit le marquis de Sourches, de 
vendre une des charges et d'en mettre le prix à couvert. Il avait épousé une 
belle personne qui était fille d'un conseiller de la cour des aides, nommé 
Lefebvre de la Malmaison, et peut-être aurait-il mieux valu pour sa santé 
qu'il n'eût pas épousé une si belle fille*... » 

Ge fut lui qui conduisit à l'audience du Boi le 16 mai 1685 le Doge et les 
quatre sénateurs de Gênes venus présenter à Louis XIV les excuses de la 
Bépublique après le bombardement de la ville. Il mourut le 16 juillet 1698 ^ 

Les Bonneuil ont rédigé des mémoires dont on trouve des fragments aux 

1. Sourches» .Mémoires, I, 143; III, 460; VI, 46. 

2. Dangeau, Vi, 385. 



— i)l — 



Archives du Ministère des Affaires étrangères, Fonds France, n^ 1835; à 
l'Arsenal n^ 4230 et 3859. Un manuscrit, sorte de traité de la conduite des 
ambassadeurs, a paru dans deux ventes (catalogue Béhague, n^ 267. Cata- 
logue Morgand et Fatout, novembre 1880, n^ 6449. Voir Saint-Simon, éd. 
Boislisle, VI, p. 37, note 6). 



Nicolas Sainctot. 

1691-1709. 

Nicolas Sainctot, mort le 4 juillet 1713. 

Il fut pourvu en 1691 de la charge de maître des cérémonies qu'avaient 
exercée son père et son oncle. Il la vendit, en 1691 , 40000 écus à M. Desgranges, 
premier commis de Pontchartrain, et acheta 50000 écus la moitié de la charge 
d'introducteur des ambassadeurs de Bonncuil. Il se démit le 9 décembre 1709 
au profit de son fils. 

c< Sainctot, dit Dangeau, faisait ce qu'il voulait et favorisait qui il lui plai- 
sait avec adresse et hardiesse, quitte à être grondé », et il le fut souvent à en 
croire Saint-Simon. 



Le Chevalier de Sainctot. 

1709-1752. 

Nicolas Sixte, chevalier de Sainctot, seigneur de Vémars, né en 1674, mort 
le 16 octobre 1753; succéda à son père en 1709. 

Dans sa jeunesse, il passait pour un des seigneurs les plus galants de la cour; 
l'anecdote suivante est racontée à ce sujet par Dufort de Cheverny* : « Ce 
chevalier de Sainctot avait eu par sa figure beaucoup de succès auprès des 
femmes. Son père, qui était de la fin du règne de Louis XIV, était extrême- 
ment dévot; un jour, en prenant congé du Régent qui partait pour l'armée, il 
lui dit que son fils avait l'honneur d'être sous ses ordres, et qu'il espérait qu'il 
serait toujours prêt à lui faire sa cour. La première chose que fit le Régent fut 
d'oublier la recommandation; ce ne fut qu a la fin de la campagne qu'enten- 

1. T. 1«S p. 53. 



— 32 — 

dant citer le chevalier pour un héros en prouesses amoureuses, il se ressou- 
vint de la recommandation du dévot Sainctot. 11 envoya inviter le chevalier 
pour souper; la connaissance fut bientôt faite et le chevalier se distingua dans 
ces orgies d'une façon extraordinaire. Au retour du Régent, Sainctot le père 
va lui faire sa cour au milieu d*une jeunesse toute brillante et après les pre- 
miers mots, il lui dit : u Monseigneur, j'espère que mon fils a eu Thonneur de 
vous faire sa cour. — Sans doute, répond le Régent, oui, monsieur, je Tai 
beaucoup vu; c'est le plus agréable et le plus libertin que j'aie connu, c'est 
un homme délicieux. » 

A la fin de sa vie, il était devenu « puissant et massif » ; Dufort, son succes- 
seur, raconte plaisamment comment il le présenta aux ambassadeurs et mi- 
nistres étrangers*. 

Le portrait du chevalier de Sainctot, que nous reproduisons ici, est extrait 
de la collection des portraits tirés de la galerie historique de Versailles. 

Le fonds Cérémonial des mémoires et documents au dépôt des Affaires étran- 
gères est formé pour la plus grande partie des documents réunis par les Sainctot 
pendant leur longue carrière, n<»' 1817 à 18S2; voir aux n^» 1830 et 1831 des 
mémoires de M. de Sainctot sur les devoirs de sa charge. 

Le manuscrit original, dédié au roi, est à la Bibliothèque Nationale, Fonds 
Français, 14117-14120. « Cet ouvrage, dit dans sa préface Sainctot le père, est 
le fruit de cinquante-sept années de service que j'ai eu l'honneur de passer au 
service de Votre Majesté. J'ai pris soin d'y recueillir tout ce qui regarde le céré- 
monial de France à l'égard des ambassadeurs. » Ces mémoires, dont il existe 
de nombreuses copies ont été publiés dans le Cérémonial diplomatique des cours 
de l'Europe par Dumont et Rousset. — Voir encore à la Bibliothèque Natio- 
nale, Fonds Français, n^' 6679 et 16633, et à la Bibliothèque de Rouen (col- 
lection Coquebert de Montbret, n<>« 1849-1852). 

Des papiers des Sainctot sont à l'Arsenal. Ceux qui sont conservés au Musée 
britannique, mss. Egerton, 774-777, sont inventoriés dans le Cabinet Histo- 
rique, V, 252-261, VI, 89-90. Tous les documents recueillis par les Sainctot 
sur la charge de maître des cérémonies sont à la Bibliothèque Mazarine, n®» 2737- 
2752. Une table de ces seize volumes se trouve à la Bibliothèque Nationale, 
Fonds Français, 13017. 

1. Dufort de Chevekny, I, p. 60. 



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Breteuil. 

1698-1715. 

Louis-Nicolas Le Tonnelier de Breteuil, baron de Preuilly, né à Montpellier 
le 15 septembre 1648, mort le 24 mai 1728. D'abord commis du marquis de 
Seignelay, puis lecteur du roi, il épousa M"® de Normand, parente de Gaumartin. 
En 1683, il fut envoyé à Mantoue comme ambassadeur; puis en 1698, il obtint, 
grâce à la protection de Gaumartin et de Pontchartrain la charge d'introduc- 
teur. M. de Breteuil a laissé d'intéressants mémoires dont le Magasin de la 
Librairie a publié quelques extraits. Les originaux s'en trouvent à la Biblio- 
thèque de l'Arsenal, n'"'' 3859 et 3860, et à la Bibliothèque de Rouen (col- 
lection Leber, n^ 3317-3323). Ce dernier manuscrit, qui est aux armes 
de Breteuil, a des corrections et des additions autographes. Le tome II porte 
cette mention : « Ge livre est pour Versailles, et le double mis au net et copié 
sur celui-ci est à Paris. » G'est sans doute ce double qui se trouve au dépôt 
du Ministère des Affaires étrangères. Fonds France, n® 1851. M. Eugène 
Âsse a édité les lettres de la présidente Ferrand au baron de Breteuil. 



Magny. 

1715-1719. 

Nicolas Foucaut, marquis de Magny, né le 25 février 1677, avocat du roi 
au Ghàtelet en 1699; en 1704, maître des requêtes et intendant de Gaen où il 
succédait à son père. « Les folies que fit Magny dans une place si sérieuse, dit 
Saint-Simon, et les friponneries dont il fut convaincu furent si grossières et si 
fortes, qu'il fut rappelé avec ignominie. » 

Nous avons vu comment, sous la Bégence, un tel homme devint introduc- 
teur des ambassadeurs. Les incartades auxquelles il se livra dans l'exercice de 
ses fonctions amenèrent son emprisonnement à la Bastille. Gette leçon ne lui 
suffit pas; il fut bientôt après compromis dans la conspiration de Gellamare 
et obligé de fuir en Espagne. « Il y fut bien reçu et bien traité et quoiqu'il 
n'eût jamais été que de robe, il fut colonel et tôt après brigadier. » Ghassé 
d'Espagne, il rentra en France après la mort du régent, « mais comme les 
brouillons n'étaient plus nécessaires à ceux qui les avaient recherchés pen- 



— 54 — 

dant la vie de ce prince, Magny demeura sur le pavé, chargé de mépris et de 
dettes pour le malheur d'une fort honnête femme qu'il avait épousée lorsqu'il 
était à Gaen. Il a depuis traîné une vie obscure et misérable et est retourné 
enfin en Espagne oîi le même mépris et la même indigence l'ont suivi. » 

Au moment où Magny s'était enfui, son père avait craint que sa charge ne 
fût confisquée; grâce à l'intervention de la duchesse d'Orléans, il obtint du 
régent la permission de la vendre*, mais dit-il dans ses mémoires, « à con- 
dition que j'en traitasse avec M. Raymond, ce que j'ai fait moyennant 
220000 livres; mais je n'ai pas voulu profiter du prix de cette charge et j ai 
demandé qu'il fût employé à payer les créanciers de mon fils et que le surplus 
fût employé au remplacement des deniers dotaux de M*"® de Magny, ce qui a été 
ordonné par un arrêt du conseil. Le prix de cette charge a été payé par M. Ray- 
mond en billets de banque' ». 



Raymond. 

1719-1723. 

Pour rendre à la charge d'introducteur un peu du prestige que lui avaient 
fait perdre les imprudences du dernier titulaire, il aurait fallu pour remplacer 
Magny un homme de cour honorable. Le choix du régent, encouragé d'ailleurs 
par le cardinal Dubois, se porta sur un de ses favoris les plus décriés, Raymond, 
qui acheta la charge moyennant 220000 livres. « Il n'en avait que 100000, mais 
M. Law lui prêta l'argent dont il avait besoin' ». 

Peu de personnages ont été aussi maltraités que Raymond par les mémoires 
du temps. 

« C'est un homme de beaucoup d'esprit et de belles-lettres et que le Régent 
loge au Palais-Royal. Il joue, il aime les femmes et la cour. C'est un marchand 
mêlé. » Après avoir tracé de lui ce portrait, Marais rappelle dans son journal 
quelques-uns des vers qui couraient sur son compte* : 

De Monsieur Raymond voici le portrait, 
11 a le vrai corps d'un hareng ; 

I.Dangeau, XVII, 437. 

2. FoucAUT, Mémoires, 

3. Dangeau, Mémoires, XVllI, U, 15, 61, 66, 

4. Journal de Marais, 1, 283, 503. 



— 5S — 

Il rime, il cabale 
En homme de cour, 
Croit être un Caudale 
Et même un savant. 

De Monsieur Raymond, etc. 
Il passe en science 
Socrate et Platon, 
Cependant il danse 
To]it comme un ballon. 

Saint-Simon paraît Tavoir beaucoup connu : 

« Raymond, fils d'un fermier général, connu sous le nom de Raymond le 
Diable, était un petit homme qui n'était pas achevé de faire et comme un biscuit 
manqué; de beaucoup d'esprit, de lettres et d'effronterie, qui se piquait de tout 
savoir et d'exceller en tout, prose, poésie, goût, philosophie, galanterie, ce qui 
lui procura force ridicules aventures et brocards; mais ce qu'il sut le mieux, fut 
d'essayer à faire fortune, pour quoi tous moyens lui furent bons. Il fut le sui- 
vant des uns, le confident et le commode des autres de plus d'une façon, le rap- 
porteur quand on le voulut et que cela lui parut utile. Il s'attacha à Ganillac, 
au duc de Noailles, à Noce, au duc de Brancas, surtout à l'abbé Dubois, dont il 
allait disant du pis pour faire parler les gens et puis le lui aller redire. Sa sou- 
plesse, son esprit et Tornement de son esprit, sa facilité à adopter les goûts de 
chacun et une sorte d'agrément qu'on trouvait dans sa singularité, le mirent 
quelque temps fort à la mode, dont il sut tirer un grand parti pécuniaire. 11 en 
avait espéré d'autres qui s'évanouirent avec le cardinal Dubois. Tel qu'il fut, il 
ne laissa pas de conserver des entrées dans plusieurs maisons distinguées. Il a 
fini par un mariage d'amour avec une fille de Rondet, joaillier, en quoi il n'y a 
eu ni disparité, ni mésalliance, et n'a pas gardé longtemps sa charge d'introduc- 
teur, voyant qu'elle ne le mènerait plus à être lui-même introduit. » 



Rouillé de Meslay. 

1723-1725. 

Anne-Jean Rouillé, comte de Meslay, né le 22 avril 1696, mort le 
10 avril 172S. Il était le fils de J. B. Rouillé, comte de Meslay, né le 
15 avril 1656, mort le 13 mai 1715, et de Anne Catherine de la Briffe, morte le 



— se- 
ls février 1701 . Son oncle, le président de Rouillé, fut ambassadeur en Portugal 
de 1697 à 1703. 



Montconseil. 



1725-1730. 



Étienne-Louis- Antoine Guinot, marquis de Montconseil, page du roi en 1707, 
mousquetaire en 1713, enseigne au régiment des Gardes françaises le 
31 mai 1717, colonel d*un régiment d'infanterie de son nom, par commission du 
1«' février 1723. 

Gomment le marquis de Montconseil fut-il alors amené à interrompre sa 
carrière militaire? Il acheta en 1725 la charge d'introducteur, mais ne la con- 
serva pas longtemps. En 1730, il reprit le commandement de son régiment, et 
fut nommé brigadier le 18 octobre 1734, et maréchal de camp le 20 février 1743. 
Il se démit alors de son régiment : « M. de Montconseil, écrit le duc de Luynes', 
a la permission de vendre son régiment; c'est un régiment d'infanterie de 
40000 livres; c'est M. de Tresnel, petit-fils de M. Leblanc, qui en a obtenu 
l'agrément, mais on a fait entendre d'ici à M™® de Tresnel qu'il fallait le payer 
beaucoup plus cher que la taxe, elle le paye effectivement 75 000 livres. » Le 
marquis de Montconseil fut alors employé à l'armée d'Alsace sous le maréchal 
de Goigny et sous le prince de Gonti; commandant de Huningue en 1747, il 
fut nommé lieutenant général des armées du roi le l^^ janvier 1748, et com- 
manda dans la Haute-Alsace, tantôt à Golmar, tantôt à Huningue pendant tout 
le reste de sa carrière; il y était encore en 1762*. 

Le marquis de Montconseil avait épousé M^'° de Gurzé, « la fille de la belle 
M*"® de Gurzé », dit Luynes. Très souvent citée dans les mémoires du temps, 
M*"^ de Montconseil habitait Bagatelle où elle donnait des fêtes qui faisaient grand 
bruit. Le recueil de ces fêtes est conservé à la Bibliothèque de l'Arsenal, 
n^" 3269^ 3270, 3271. Favart était un familier de la marquise de Montconseil, 
il lui a dédié Le Mariage par escalade, représenté à l'Opéra-Gomique, pour la 
première fois, le 11 septembre 1756. 

1. LuYNES, Mémoires, II, p. 443; IV, p. 213; X, p. 229-232. 

2. Pinard, Chronologie historique et militaire, V, p. 369. 






Hébert. 

1730-1736. 

André Hébert, baron de Ghateldon, vicomte de Ferrières, né en 1681, mort 
en 1768. Son père avait été en 1687, quartinier, puis en 1700 échevin de la 
ville de Paris. 



Vemeull. 

1736-1747. 

Eusèbe Jacques Chassepoux de Verneuil, né en 169S, mort en 1747 *, secrétaire 
de la Chambre et du Cabinet du Roi, obtint en 1746 Térection en marquisat de 
la terre de Verneuil (près Loches). Sa mère était la sœur de Tabbé Eusèbe 
Renaudot et il avait eu par héritage le privilège de la Gazette. 

Saint-Simon écrit en 1717^ : « M. le duc d'Orléans accorde l'agrément de la 
charge de secrétaire du cabinet du président Duret à Verneuil qui a eu depuis 
la plume et une charge d'introducteur des ambassadeurs. Son père avait été 
lieutenant des gardes de Monsieur. Son nom est Chassepoux, sieur de Croque- 
fromage, celui de sa femme est Bigre. Je n'ai pu retenir le ridicule de ces 
noms. » « Il avait comme son fils, dit Dufort, des airs qui déplaisaient^ » 



Marquis de VemeulL 

1747-1757. 

Eusèbe Félix Chassepoux, marquis de Verneuil, né en 1720, mort en 1791. 

Il épousa, en avril 1743, Anne-Adélaïde, fille du marquis d'Harville, 

maréchal de camp, ancien colonel du régiment Orléans dragons ; à l'occasion 

1. LuYNES, Mémoires^ IV, 475, 477; VIII, 77. 

2. Saint-Simon, éd. Chéruel, IX, 289. — Dangeau, XVII, 164. 

3. Dufort deGdeverny, 1, 170. 



— 58 — 

de ce mariage le roi lui accorda la charge d'introducteur de son père, mais à 
condition que ce dernier continuerait à l'exercer pendant quelques années 
encore*. A la mort de son père, il put lui succéder dans ses fonctions de secré- 
taire du Cabinet et le roi lui accorda en outre la plume, a La charge de secré- 
taire du Cabinet vaut 8000 livres de rente; quand la plume y est jointe, elle en 
vaut 16000. Celui qui a la plume est chargé d'entretenir Técritoire du Roi, 
d'encre, plumes, papier, etc. Celte dépense va à environ 1000 à 1100 livres 
par an*. » Aux revenus de ces différentes charges, Verneuil ajoutait le privi- 
lège de la Gazette de France qui lui valait 8000 livres de rente et qu'il 
vendit en février 1749 pour 100000 livres au président OniUon^ 

« Haut, fier, élevé à la cour, il avait un ton de suffisance qui lui faisait 
beaucoup d'ennemis. Des méchants savaient qu'il avait à Loches des parents 
dont le plus huppé était boucher... 11 avait voulu s'assimiler à la cour, mais 
son origine était trop connue^. » 

M. de Verneuil a laissé des mémoires concernant sa charge : aux Archives 
des Affaires étrangères, Fonds France, n® 1852, journal du cérémonial pour les 
années 1747 et 1748. A la Bibliothèque Nationale, mss. Fonds Français, nou- 
velles acquisitions, n*** 1111-1115 : Mémoires concernant la charge d'introduc- 
teur des ambassadeurs, 1747-1757. 

M. de Verneuil eut beau connaître toutes les règles du cérémonial, le céré- 
monial lui infligea, un jour, une cruelle déconvenue. Il s'agissait de la présen- 
tation de sa femme; la femme d'un introducteur devait-elle être présentée 
dans la galerie ou dans le cabinet? On compulsa les précédents, on rédigea des 
mémoires, on fit appel aux souvenirs des plus vieux courtisans, on rappela ce 
qui s'était passé pour M"® Sainctot, pour M"* de Montconseil, pour la baronne 
de Breteuil. 11 fut décidé que la présentation se ferait dans le cabinet. Le 
16 mars 1750,1a marquise de Verneuil fut bien présentée, mais elle ne fut pas 
saluée : « M"** de Verneuil s'avançait déjà pour saluer le Roi, mais Sa Majesté 
se retira... M. de Verneuil est au désespoir, il croyait avoir obtenu le traitement 
ordinaire \ » 

M. de Verneuil ne se remit jamais de cette disgrâce; peut-être ses regrets 



1. LuYNES, Mémoires, IV, 475, 477. 

2. /d.,Vm, 92. 

3. MAX, 338; X, 251. 

4. DOFORT, I, 170. 

5. Luynes dans ses Mémoires s'étend longuement sur cet incident, X, p. 229-232, 
et 409, 410. a Uusage, dit Dufort, est que la femme présentée, après avoir fait la rêvé- 



— B9 — 

auraient-ils été diminués, si comme il le désirait, la charge de grand-maitre des 
cérémonies de l'Ordre, lui avait été accordée; mais le Roi lui refusa cette 
faveur ^ Aussi, saisit-il avec empressement Toccasion de vendre sa charge à 
M. de la Live (100000 écus demi-comptant, demi en rente)* pour acheter au 
comte de Buron, la charge de grand-échanson, « une des premières charges de 
la couronne, dit Dufort', sans aucune fonction qu'au jour du sacre, ou le 
Jeudi-Saint, au lavement des pieds. Cette charge d'un prix modique était une 
faveur pour lui; elle l'assimilait aux plus grands officiers, elle le plaçait au 
rang des plus grands courtisans; tout flattait sa vanité et la vente de la charge 
d'introducteur des ambassadeurs le tirait des dépenses qu'il ne pouvait plus 
faire. » 



Dufort comte de Chevemy. 

1752-1764. 

Jean Nicolas Dufort, né le 3 février 1731, mort à Blois le 28 février 1802. 
A peine âgé de 20 ans, il acheta (400000 livres) la charge de Sainctot. Il com- 
mença de l'exercer le 20 mars 1752. Il eut d'abord le deuxième semestre, puis 
(en 1757) le premier semestre. La première entrée où il fonctionna fut celle du 
comte de Kaunitz, figurée sur la gravure que nous reproduisons. Il vendit sa 
charge en avril 1764 à M. de la Briche et refusa le poste de ministre du Roi à 
Bruxelles et à Liège que lui offrait le duc de Ghoiseul : « Si Bruxelles était 
plein d'agréments, Liège était l'égout et la sentine de toute l'Europe. » (I, 315.) 
Il fut fait alors comte de Chevemy (en 1765), et devint lieutenant général du 
Blaisois. Dufort a laissé de très curieux mémoires qui ont été publiés par 
M. de Crèvecœur, sous ce titre : Mémoires sur les règnes de Louis XV et 
Louis XVI et sur la Révolution. Paris, Pion, 1886, 2 vol. in-8. A cet ouvrage 
sont joints deux charmants portraits de M. et de M"« de Chevemy, peints par 
Drouais. M. le marquis des Méloizes-Fresnoy, à qui les originaux appartiennent, 
a bien voulu nous autoriser à reproduire ici le portrait de l'introducteur. 

rence, fait un pas en avant; le Roi fait le reste et présente la joue; cela s'appelle avoir 
l'accolade du salut et de la présentation » (I, 171). 

1. LuYNEs, XIII, 439. 

2. /rf., XIV, 396. 

3. Dufort de Cheverny, I, 189. 



■ LA LIVE Dl: JULLV 
('7i7-i77î). 



— Gi- 
de M™® de la Borde, femme d'un banquier de la cour de Versailles. M. de la 
Live de Jully eut trois enfants, dont Tatné fut plus tard introducteur des ambas- 
sadeurs. « M^^* Nettine était un parti immense », dit M. Dufort. Elle mourut 
le 8 mai 1808. 



La Live de la Briche. 

1764-1785. 

Alexis Janvier La Live de la Briche, né le 13 février 1735, frère de l'intro- 
ducteur La Live de Jully. Il avait épousé M"« Prévost, une nièce de M. Lemaistre, 
trésorier-général de l'ordinaire des guerres qui lui légua sa fortune. 

Secrétaire des commandements de la reine, il acheta en I7G4 la charge de 
Dufort. 

Tolozan. 

I773-I792. 

Le marquis de Tolozan de Gésane, d'une ancienne famille du Dauphiné, avait 
en survivance M. de Cramayel, puis M. de la Live, fils de M. de Jully, qui 
devint lui-même introducteur après l'Empire. 



Taillepied de la Garenne. 

1785-1792. 



• ,♦ 



Charles Claude Alexandre Taillepied de la Garenne, d'une famille de fer- 
miers-généraux, devint introducteur des ambassadeurs après avoir été secré- 
taire des commandements du comte de Provence. Il avait épousé, en 1770, 
M"« Agathe-Marie Masson de Saint-Amand, fille d'un trésorier des rentes de 
l'hôtel de Ville à Paris, qui se remaria plus tard avec M. de la Live et mou- 
rut le 2 avril 1830, âgée de 91 ans. 



l 



NOTES 



SUR LES 



SECRÉTAIRES A LA CONDUITE DES AMBASSADEURS 



DE 1585 A 1792 



Glrault. 

1585-1625. 

Hubert Girault qui assistait M. de Gondi depuis la création de la charge, 
reçut en 1608 le brevet de « secrétaire ordinaire à la conduite des ambassa- 
deurs pour servir près les sieurs conducteurs des ambassadeurs ». 11 mourut 
en 1625. 

René Girault. 

1625-1697. 

René Girault, qui avait depuis 1622 la survivance de la charge de son père, 
dut attendre pour Texercer Tàge de vingt ans. Jusqu'à ce moment un de ses 
oncles exerça ces fonctions pour lui. 11 mourut âgé de 87 ans « après avoir 
passé soixante-sept ans dans cet emploi avec toute la capacité et toute l'exac- 
titude qu'il demande ». « Il avait des amis dans toute l'Europe '. » 



Villeras. 

1699-1709. 



A la mort de Girault, la charge resta quelque temps vacante. Son père avait 
été nommé directement par Gondi. Les introducteurs prétendirent exercer le 

1. Dangeau, V. 91. Voir aussi le Mercwe Français, et les Mémoires de Bbetbuil. 



— 61 — 

même droit. Ce conflit entre Sainetot, Bonneuil et le ministre Torcy fut, ainsi 
que nous Tavons vu plus haut, réglé par le roi en 1699, qui décida que la charge 
dépendait du ministre et nomma M. de Villeras, ancien capitaine au régiment 
de Piémont; il lui donna 1000 écus d'appointements alors que Girault n'avait 
que 1 200 francs. 

<* C'était le fils du secrétaire du président de Mesmes et qui toujours encore 
logeait chez lui. La vertu, la modestie, la lecture, l'esprit et la capacité de ce 
Villeras étaient singulières et lui acquirent une estime et une considération 
qui mérite d'être remarquée dans un homme et un emploi de si petit aloi. » 

Villeras mourut le 14 août 1709 « fort aimé des ministres étrangers et fort 
estimé ici*. » 



Merlin. 

1709-17... 

François Raymond Merlin, seigneur du Chélas, chevalier de Saint-Louis, 
gentilhomme servant de Sa Majesté, ancien capitaine de cavalerie. 
Il était encore en fonction en 1718. 



La Tournelle. 

17. .-1761. 

Le successeur de Merlin fut M. de la Tournelle, sur qui nous ne possédons 
pas de renseignements. Son fils lui succéda ; homme minutieux et né pour les 
cérémonies, ferme sur l'étiquette, « c'était un protocole ambulant, dit Dufort 
de Cheverny. 11 avait l'air de dire : Regardez et vous apprendrez. D'une 
exactitude étonnante, sans mine, sans façon ni représentation, il était à la 
minute le premier à sa place. » 

Très éprouvé par la mort subite de sa femme, il quitta sa charge pour se 
faire bénédictin. « Puisque vous êtes décidé à vous retirer pour embrasser 
l'état religieux, le roi trouve bon que vous suiviez des vues aussi pieuses 
(Lettre de M. de Saint-Florentin à la Tournelle, 27 juillet 1761). » Le 13 sep- 

1. Dangeau, VI, 91. VU, 190. XIII, 11. — Sourches, VI, 199. 



— 1)5 — 

tembre 1761 une pension de 500 livres lui fut accordée en considération de 
son zèle pendant ses vingt années de service. 

11 existe aux Archives du département un journal de la Tournelle sur les 
Cardinaux (1742-1749) (Fonds France, 1858). Un ex-libris armorié de la Tour- 
nelle se trouve sur l'exemplaire des mémoires de Sainclot conservé à la Biblio- 
thèque de Rouen (collection Coquebert de Montbret, n"' 1849-1852). 



Séquevllle. 



M. Leroide Séquevitle, né le 20 janvier 1725, mort en 1793, était le fils d'un 
premier commis du contrôle général de la chambre des Comptes. Longtemps 
commis au ministère des Affaires étrangères et particulièrement dans les 
bureaux de M. l'abbé de la Ville, Séqueville fut, en mai 1757, chargé de faire 
l'article Versailles dans la Gazette de France qui était à cette époque rédigée 
au département. Ce travail lui valait 600 livres par an. Le duc de Choiseul 
qui s'intéressait beaucoup à lui, lui fit donner la place de La Tournelle. En 
17S9, il avait épousé Marie Cécile de la Lande. « C'était, d'après Dufort, le 
meilleur homme possible. >j 

Il est l'auteur d'un manuscrit intéressant conservé aux Archives du dépar- 
tement ; Mémoires du secrétaire ordinaire du roi à la conduite de MM. les 
Ambassadeurs, 1761-1786, Fonds France, 1974, 1975, 1976. 



l 

i 



NOTES 



SUR 



LES INTRODUCTEURS DES AMBASSADEURS 



DE 1804 A 1900 



Comte de Ségur. 

1804-1814. 

Louis-Philippe, comte de Ségur, né à Paris le 10 décembre 1753, mort le 
27 août 1830. Ambassadeur en Russie en 1784, il accompagna Catherine II 
pendant son voyage de Crimée. Rentré en France en 1789, il fut nommé ambas- 
sadeur à Rome en 1791, puis en 1792 à Berlin; mais il ne resta que quelques 
mois dans ce dernier poste. Conseiller d'Etat en 1801, il fut nommé grand- 
mai tre des cérémonies en 1804. Sénateur en 1813, il devint pair de France à la 
Restauration. Membre de l'Académie française en 1809, M. de Ségur a laissé de 
nombreux ouvrages et notamment des Mémoires sur son séjour en Russie. 

Le portrait du comte Louis-Philippe de Ségur, dans son costume de grand- 
maltre des cérémonies, a été gravé en 1813, par Velyn. 

M. de Ségur eut comme introducteurs, maîtres des cérémonies, MM. Salma- 
toris et de Cramayel, jusqu'en 1806, puis de 1806 à 1813, MM. de Cramayel et 
de Seyssel, auxquels s'ajoutèrent, en 1813, le baron du Hamel et le baron de 
Prie. Les aides des cérémonies, secrétaires à l'introduction, furent, pendant 
toute la durée du premier Empire, Aignan et Dargainarats ^ 

1. Dargainarats, né le 6 mars 1765. Après seize années de services militaires à 
Saint-Domingue, il devint, le ^0 juillet 1804, aide des cérémonies, secrétaire à la 
conduite, fonction qu'il conserva jusqu'à sa retraite en 1817. 



— 68 — 



La Lilve. 



1814-1829. 



Fils aîné de M. de la Live de JuUy, M. de la Live avait eu avant la Révolu- 
tion la survivance de la charge de M. de Tolozan. A la chute de TEmpire, il 
reprit son poste d'introducteur des ambassadeurs (17 juin 1814). Il eut auprès 
de lui en survivance, de 1814 à 1821, M. de Rémusat, et de 1821 à 1829 
M. de la Live d'Épinay. 

M. de la Live, né le 6 août 1765, mourut le 16 mai 1829; il avait épousé 
M"« Masson, veuve de Tancien introducteur Taillepied de la Garenne. Le fils 
de ce dernier qui désirait avoir la survivance de la charge, eut à cette occasion 
avec M. de la Live des discussions de famille, qu'il rendit publiques, en faisant 
paraître en 1819, chez Dondcy-Dupré un curieux volume intitulé : « Lettres 
adressées par M. de la Garenne, second fils de l'introducteur des ambassa- 
deurs à la cour de France, à M. de la Live, son beau-père, aujourd'hui intro- 
ducteur, précédées de quelques considérations sur la position politique des 
esprits, suivies de diverses lettres adressées par le même aux ministres, et 
d'une réponse au manuscrit mis sous les yeux du roi par M. de la Live. » 

M. de la Live, qui avait toutes les traditions de la charge d'introducteur 
connaissait l'importance des précédents. Aussi fut-il très embarrassé quand, le 
3 octobre 1820, à l'issue de l'audience dans laquelle le nonce avait présenté au 
roi les félicitations du corps diplomatique, pour la naissance du duc de Bor- 
deaux, les ambassadeurs l'entourèrent et lui demandèrent instamment de faire 
insérer au Moniteur les discours du nonce et du roi. Il alla prendre les ordres 
du roi. « Sire, lui dit-il, c'est au nom de tout le corps diplomatique que je viens 
demander à V. M. qu'EUe daigne m'autoriser à publier les paroles touchantes 
qu'Elle vient d'adresser à MM. les ambassadeurs, afin qu'ils puissent les trans- 
mettre à leurs souverains. Ces paroles, sire, ont retenti dans mon cœur, mais 
je ne suis pas assez sûr de ma mémoire pour me permettre de les retracer fidè- 
lement. Si V. M. daignait venir au secours de mamémoire... « Je ne sais », me 
dit le roi, « si je pourrai me rappeler une réponse prononcée entièrement d'abon- 
« dance. Mais (ajouta S. M. avec sa bonté ordinaire), mettez-vous là, je vais vous 
« la dicter autant que ma mémoire me la rappellera. » Je pris en tremblant la 
plume avec laquelle le roi signe chaque jour un nouveau bienfait de son gou- 
vernement paternel et, les larmes aux yeux, j'écrivis sous la dictée de S. M. » 

Le Moniteiij' publia les discours; mais M. de la Live fit de l'incident une 



— 69 — 

relation précise, qu'il déposa aux Archives du Ministère des affaires étrangères, 
« afin de sei*vir d'exemple pour Tavenir, et afin que Ton ne puisse arguer, d'une 
circonstance toute particulière, la nécessité de publier les discours des membres 
du corps diplomatique, ce qui a toujours été inusité jusqu'à ce jour ». 



D'Épinay. 

1829-1830. 

Pierre Louis Nicolas Joseph Quirin La Live, baron d'Épinay, était petit-fils 
de M™® d'Epinay et fils de Louis Joseph La Live d'Epinay qui s'établit à Fri- 
bourg en 1775 et de Anne Elisabeth de Boccard. Né le 30 octobre 1777, il 
épousa le 13 avril 1812 M^^® Marie Cléophée de Surbeck, de Soleure. Ayant fait 
de sa propriété de Grandfey près Fribourg une ferme modèle, il consacrait ses 
loisirs à composer un ouvrage destiné à vulgariser les perfectionnements des 
procédés agricoles. Cet ouvrage parut à Fribourg en 1828 sous le titre : Pra- 
tiques d'agriculture par un cultivateur fribourgeois. Après la Restauration, le 
baron d'Épinay entra au service de Louis XVIII comme capitaine grand juge du 
8* régiment de la garde royale (2" suisse, colonel d'Affry). En 1817 il fit, avec 
le général Gady et son collègue Kaiser deFrauenstein, un projet du code pénal 
pour les troupes suisses au service de France, qui fut accepté par la Diète. 
En 1821, il fut nommé en survivance de M. de la Live. Introducteur des 
ambassadeurs en 1829, le baron d'Épinay fut dépossédé par la Révolution de 
1830. Il mourut le 22 avril 1842. 

M. le baron Louis d'Épinay, directeur des travaux publics du canton de 
Fribourg, a bien voulu nous communiquer le portrait de son grand-père; l'in- 
troducteur des ambassadeurs y est représenté en uniforme de capitaine grand 
juge aux gardes Suisses. 



De Saint-Mauris. 

1830-1848. 



Le comte Victor de Saint-Mauris était officier dans le 3® régiment de la garde 
royale, lorsque M. de Serre le décida à quitter l'armée pour entrer au minis- 
tère des Affaires étrangères, il l'emmena comme attaché à l'ambassade de 



— 70 — 

Naples en 1822. Successivement deuxième secrétaire à Rio-de-Janeiro en 1823, 
à Garlsruhe en 1826, et premier secrétaire à Munich en 1829, le comte de Saint- 
Mauris fut nommé, en 1830, introducteur des ambassadeurs. Il conserva ces 
fonctions jusqu'en 1848. M. de Saint-Mauris mourut en 1867. 



Feuillet de Gonohes* 

18i8-1874. 

M. de Saint-Mauris ne fut pas remplacé; ce fut, sous le gouvernement 
de 1848, le chef du bureau du Protocole, M. Feuillet de Couches, qui remplit 
les fonctions d'introducteur. Le Prince-Président Louis-Napoléon le donna comme 
adjoint au comte Félix Baciocchi, son maître des cérémonies, introducteur des 
ambassadeurs et, à Tavènement de l'Empire, M. Feuillet de Couches, tout en 
conservant son service au Ministère des Affaires étrangères, fut appelé à remplir 
Tune des deux charges d'introducteurs dépendant du duc de Cambacérès', grand 
maître des cérémonies. L'autre charge fut exercée, de 1853 à 1857, par le baron 
de Chàteaubourg, et, de 1857 à 1870, par le baron de La Jus. Ce dernier avait 
été jusqu'alors l'un des aides des cérémonies, secrétaires à l'introduction des 
ambassadeurs. Il fut remplacé par le baron Sibuet', à qui succéda en 1869 
M. Puech Cazelle. Le second aide des cérémonies, secrétaire à l'introduction, 
fut de 1853 à 1866 M. Jules Lecoq, de 1866 à 1870 M. Bertora. A partir de 1866, 
un secrétaire général, ayant rang de secrétaire à l'introduction, M. Henri Mo- 
rice, avait complété le personnel de la grande maîtrise des cérémonies du second 
Empire. 

Maintenu par le Gouvernement de la République à la tète du bureau du 
protocole, M. Feuillet de Couches continua à s'acquitter de tous les devoirs de 
l'introducteur des ambassadeurs, dont la fonction n'avait pas été rétablie. 

Né à Paris en 1798, le baron Feuillet de Couches entra au Ministère des 
Affaires étrangères, au Bureau des passeports, le 25 juin 1814. Nommé au 
Bureau du protocole en 1824, il devint chef de ce bureau en 1832. Il porta 
depuis 1844 le titre de sous-directeur, et depuis 1869 celui de directeur. Il prit 

1. Le duc de Gambacérès, né le 20 septembre 1798, mort le 12 juillet 1881. 

2. Joseph Prosper, baron Sibuet, né à Thionville, le 17 février 1811. Député au 
Corps législatif en 1863, il fut réélu en 1869. Il donna alors sa démission d'officier de 
la couronne et fut nommé aide des cérémonies honoraire. Le baron Sibuet mourut 
le 25 janvier 1874, au château de Virieux (Ardennes). 






— 71 — 

sa retraite en 1874, comme ministre plénipotentiaire et commandeur de la 
Légion d'honneur. Il mourut le 5 février 1887. 

M. Feuillet de Couches a publié un grand nombre d'ouvrages; outre ses 
travaux sur Léopold Robert, sur Montaigne, sur Marie-Antoinette, et son 
volume Les Femmes blondes^ nous citerons les Contes d'un vieil enfant, les 
Souvenirs cTun curieux octogénaire et les Causeries d'un curieux; variétés cPhis- 
toire et d'art, tirées d'un cabinet d'autographes et de dessins. L'importante col- 
lection d'autographes formée par M. Feuillet de Couches fut, en grande partie, 
dispersée de son vivant; les dossiers les plus précieux furent cédés à Tamiable: 
le reste parut dans une vente anonyme au mois d'avril 1875. 



Mollard. 

1874-1888. 

Jean Hippolyte-Gabriel Moliard, né le 4 décembre 4833, mort le 25 août 1888. 
Attaché au Bureau du protocole, 1852; chef de ce bureau, 1874; sous-directeur 
du protocole, introducteur des ambassadeurs, 22 décembre 1874; directeur à 
partir de 1880. 

D'Ormesson. 

1888-1893. 

Olivier-Gabriel-François de Paule Lefèvre, comte d'Ormesson, né le 3 jan- 
vier 1849. Attaché à Bruxelles, 1867-1871; sous-préfet en 1876, préfet en 
1877, conseiller d'ambassade à Saint-Pétersbourg, 1886; ministre plénipoten- 
tiaire, chargé en cette qualité des fonctions de chef du protocole, 20 sep- 
tembre 1888; envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire à Copenhague, 
1893; à Lisbonne, 1895, et depuis 1897 à Athènes. 



De Bourqueney. 

1893-1895. 

Marie-Victor-Félix, comte de Bourqueney, né le 25 avril 1847, entré au 
service comme attaché d'ambassade en 1866, ministre plénipotentiaire, chargé 
des fonctions de chef du Service du protocole, du 8 septembre 1893 au 
10 avril 1895. 



Philippe-Marius Crozier, né le 31 janvier 18S7; élève de l'École polytech- 
nique, !•' novembre 1878; soua-lieutenant d'artillerie, 1880; attaché d'ambas- 
sade, 17 février 1881 ; ministre résident à Luxembourg, 10 mai 1893; ministre 
plénipotentiaire, 8 décembre 189i; chef du Service du protocole, 10 avril 189S. 

Depuis le 8 septembre 1893, M. Armand Mollard, né le 28 mai 1862, entré 
au service comme attaché au protocole le 7 octobre 1881, est'chef adjoint du 
Service du protocole. 




NOTES 



SUR 



LES GRAVURES ET PORTRAITS 



Afin de retracer en quelque sorte la marche du cortège d'un 
ambassadeur depuis son entrée à Paris jusqu'à sa présentation au 
souverain, nous avons reproduit quelques estampes ou tableaux, 
choisis parmi les œuvres relatives au cérémonial qui sont, en si 
grand nombre, conservées dans les dépôts publics et dans les col- 
lections particulières. La série des anciens almanachs illustrés que 
possède le Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale est 
une source de documents trop précieuse pour que nous n'y ayons 
pas largement puisé*. Mais les entrées et les audiences d'ambassa- 
deurs n'ont pas inspiré seulement les graveurs ordinaires d'alma- 
nachs. Les meilleurs peintres, les artistes les plus connus, ont 
consacré leur talent à reproduire quelques-unes de ces cérémonies 
dans des tableaux ou dans des dessins que leur commandait soit le 
roi, soit l'ambassadeur; ces cortèges de Turcs, de Persans, de Maro- 
cains ou de Siamois étaient d'ailleurs des sujets bien dignes de 
tenter le crayon des Parrocel, des Coypel ou des Cochin. A propos 
des différentes planches publiées dans cette plaquette, nous rap- 



i. Voir les Anciens Almanachs illustrés, par Champier. Un vol. in-fol. Paris, 4886. 

10 



— 74 — 

pelons quelques-unes des principales œuvres consacrées par ces 
artistes aux représentations du « Protocole )>. 



I. — Les compliments faits au Roy sur son auguste majorité, par les princes, 

SEIGNEURS ET MINISTRES ÉTRANGERS ET COURS SOUVERAINES, EN SON PALAIS DES 

Tuileries, le 23 février 1723; d'après un almanach du Cabinet des Es- 
tampes (collection Hennin, n® 795S, vol. 91, pi. 16) Frontispice 

Le personnage qui figure au milieu de cette planche, et qui paraît présenter 
les ambassadeurs au roi, n*est pas Tintroducteur des ambassadeurs. M. de Bre- 
teuil venait d*être nommé secrétaire d*£tat de la Guerre et c'est sans doute à ce 
titre que le graveur Ta mis à la place d'honneur dans sa composition. 

Un autre almanach de la collection Hennin (n^ 5545, vol. 63, pi. A) représente 
les Audiences royales des ministres étrangers DO^NÉES a Versailles, 1686. Derrière 
les envoyés de Siam, qui dans cette pièce forment le groupe principal, figurent 
tous les ambassadeurs et ministres résidant en France à cette époque. 



IL — La magnifique entrée des amrassadeurs polonois dans la ville de paris le 
19 septembre 1645; d'après un almanach du Cabinet des Estampes (collec- 
tion Hennin, n*> 3445, vol. 38, pi. 4) Page 5 

Cette gravure ne forme que la moitié de Talmanach. L'autre partie représente 
le festin nuptial du roi et de la reine de Pologne. L'ambassade polonaise envoyée 
en France à Toccasion du mariage de Marie de Gonzague a donné lieu à de nom- 
breuses estampes dont Tune est citée parmi les plus belles œuvres de la gravure 
au XVII® siècle : Cérémonie observée au contrat de mariage passé en présence de Leurs 
Majestés entre Vladislas IV^ du nom, roy de Pologne, par son ambassadeur le sieur 
Gerhard, comte Donhost, Palatin de Poméranie, d'une part et Louise-Marie de Gon- 
zague , princesse de Mantoue et de Nevers y d'autre part le ^b^jour de septembre 1645; 
dessiné et gravé à Teau-forte par A. Bosse. 



III . — Cavalcade organisée a l'occasion de l'entrée de la reine Christine de 
Suède, d'après un almanach du Cabinet des Estampes (collection Hennin, 
n*>3742, voL 42, pi. 8) Page 12 

L'introducteur des ambassadeurs, M. de Berlize, figure sur ce dessin de 
N. Cochin le père. Le cortège organisé à Toccasion de rentrée de Christine de 
Suède est bien différent de celui qui escortait d'habitude les ambassadeurs. On 



— 75 — 
trouvera dans une autre estampe de la collection Hennin (n^ 7851, vol. 90, pi. 3) 

« LA MAGNIFIQUE ENTRÉE FAITE A CÉLÉBAT MÉHÉMET EFFENDI, AMBASSADEUR DES 

Turcs a Paris » une représentation plus exacte du cortège avec les gendarmes de 
la garde, les chevau-légers, les mousquetaires gris, le régiment de la cornette 
blanche, les mousquetaires noirs et le régiment du roi. Une autre estampe 
relative à la même ambassade donne le déûlé des carrosses. 



IV. — L'entrée de l'ambassadeur de Perse a Paris, vue dans la place roialle, 
LE 2 Février 1718, d'après un almanach du Cabinet des Estampes 
(collection Hennin, n« 7497, vol. 85, pi. 48) Page 16 

La gravure que nous reproduisons ne forme que la moitié de cet almanach, 
dont l'autre partie est consacrée à Taudience chez le Roi. L'entrée de Riza bey a 
été représentée par Goypel dans un très intéressant tableau que Ton peut voir au 
Musée de Versailles \ dans la salle des nouvelles acquisitions. Un portrait de 
l'ambassadeur persan se trouve dans la collection Hennin, n^ 7500. 



V. — L'entrée de Méhémet Effendi, d'après une étude de Parrocel (collection 
A. Boppe) Page 21 

Peu d'ambassades ont donné lieu à autant de compositions que celle de 
Méhémet ElTendi en 1721. Paris n'avait pas reçu de Turcs depuis que le séjour 
fait en France en 1669 par Soliman Muslaferraca les avait mis à la mode^ Aussi 
le succès de Méhémet Effendi fut-il grand. Un portefeuille de la collection 
Hennin ' est presque entièrement rempli d'estampes qui se rapportent à son 
ambassade, et pourtant leur réunion n'est pas complète. Nous n'y avons pas 
trouvé, par exemple, une curieuse gravure reproduisant le repas de l'ambassadeur 
turc. 

L'entrée de Méhémet Effendi, son audience chez le roi, donnèrent lieu à de 
pompeux cortèges, que Saint-Simon a décrits avec complaisance et que Parrocel 
a reproduits dans plusieurs tableaux. 

L'un d'entre eux, représentant larrivée de l'ambassade aux Tuileries, figura 



1. Dans un autre tableau, conservé également au Musée de Versailles, Goypel a peint les 
ambassadeurs marocains au spectacle. Sur cette ambassade, voir collection Hennin, n^* 6431, 
6432. 

2. Voir au cabinet des Estampes le portrait de Soliman. Deux estampes relatives à ses 
audiences sont publiées dans le beau livre de M. Vandal sur le marquis de Noiutel. L'une 
d'elles se trouve aussi dans le Grand Siècle de M. E. Bourgeois. 

3. Volume 90. Portraits de Méhémet Effendi, n»» 7848, 7849, 7853, 7858-7861. Entrée 
n^ 7850, 7851, 7855. Audience, 7854, 7856. Voir aussi Talmanach de 1722, n« 7886. 



— 76 — 

au Salon de 1727 ; il se trouve maintenant au Musée de Versailles ; mais il en 
existe plusieurs répliques ; on peut en voir une au Musée Carnavalet ; nous en 
possédons une autre dont nous donnons la reproduction. L'ambassade de 1742 
ayant sans doute rappelé le souvenir de ce tableau et des études faites par Par- 
rocel vingt ans auparavant, on commanda au peintre deux grandes toiles qui 
furent exposées au Salon de 1746 et dont le Livret donne la description 
suivante : 

N^ 52. Un grand tableau en largeur de 22 pieds sur 11 de haut, représentant 
l'entrée de l'ambassadeur turc par le pont tournant des Tuileries, lors de la 
minorité du roi en 1721, où les gardes suisses et françaises bordaient. 

N® 53. Autre d'environ 19 pieds. La sortie par le môme pont, bordée au 
dehors et du côté du quai de la maison du roi et du régiment de Sa Majesté. 

Ces deux tableaux, actuellement au Musée de Versailles S ont été exécutés 
en tapisseries. L'une de ces tapisseries est exposée au Musée des Gobelins, l'autre 
est conservée au Palais de l'ambassade de France à Gonstantinople. 

L'entrée de Méhémet Effendi est le sujet d'un charmant petit tableau, que 
M. Paul Gambon, ancien ambassadeur de France près le Sultan, a exposé, dans 
la section rétrospective du Pavillon de la Ville de Paris à l'Exposition univer- 
selle de 1900. 



VL L'entrée de Said Pacha, le 7 janvier 1742 (d'après une estampe de la 
collection Hennin, n^ 8397, vol. 96, pL il) Page 23 



Vli. — L'audience donnée par le Hoy a l'ambassadeur de Turquie dans la 

GALERIE DE VERSAILLES, LE 9 JANVIER 1742 Page 27 

L'ambassade de Méhémet EfTendi avait laissé trop de souvenirs aux Parisiens 
pour que leur curiosité ne fût pas également excitée par celle que son fils 
amena en 1742. Comme son père, Saïd Pacha fut représenté de cent façons diffé- 
rentes*. Un peintre de talent, Aved, fit de lui un portrait qui se trouve au Musée 
de Versailles*. Dans le fond de la toile, se déroule le cortège de Tambassadeur 
au moment où il pénètre dans Paris par la porte Saint-Antoine. Les graveurs 



1. De Nolhac et Pératé, le Musée National de Versailles, p. 229-230. 

2. Voir au cabinet des Estampes, collection Hennin, n»» 8388, 8389, 8395, 8396, 8407. 

3. N<* 3716. Ce tableau a été exposé au Salon de 1742. Le peintre, dit le Livret, a représenté 
l'ambassadeur « entouré de tous les attributs qui désignent particulièrement ses connais- 
sances, comme sphère, carte géographique, traités de paix, et d'un atlas, premier livre imprimé 
par ses soins à Gonstantinople. On voit sur le devant du tableau les lettres de croyance sur- 
montées du sceau de TEmpire, renfermé sous une plaque de vermeil ». 



— 77 — 

d'estampes et d*almanachs se disputèrent l'honneur de reproduire les traits de 
Saïd et des personnages de sa suite \ et des poètes de circonstance s'unirent à 
eux pour célébrer ces hôtes. Quelques vers ornaient le portrait du grand maré- 
chal de l'ambassade : 

Quand je m'éloignai de Byzance, 
Mou départ la remplit des plus tendres regrets ; 

Et quand je sortirai de France, 
J'y laisserai, du moins, autant d'ennuis secrets. 

Et, sous le portrait du fils de l'ambassadeur, pour rappeler que Saïd Pacha 
était lui-même venu autrefois en France avec son père, on inscrivait : 

Français, qui l'avez vu, ce musulman aimable, 
Nourrissez dans ses traits une idée agréable 
De sa douce raison, de sa noble candeur; 
Jusqu'à ce qu'efTaçant les noms les plus illustres, 
On le revoie ici dans trois ou quatre lustres 
Accoutumer son fils au rang d'ambassadeur. 



Si Méhémet Effendi a vu son ambassade illustrée par le pinceau de Parrocel, 
Saïd Pacha n'a pas été moins heureux. Son nom restera toujours attaché à l'une 
des plus belles œuvres de l'École française. 

L'audience de Saïd à Versailles fut, en effet, représentée par Cochin, dans 
un dessin que Jombert décrit ainsi : « Ce dessin est un des plus considérables 
et des plus intéressants de tout l'œuvre de M. Cochin et qui lui a coûté plus de 
six mois de son temps... il a fait des études particulières des attitudes et des 
habillements singuliers des Turcs de la suite de l'ambassadeur. Le dessin est 
fait à la mine de plomb, sur une feuille de vélin, de même grandeur que le Bal 
masqué, donné par le roi en 1745, dans la grande galerie de Versailles, auquel il 
devait servir de pendant. La gravure de ce dessin n'ayant pas eu lieu, H. Cochin 
en a fait présent à M. de Bonneval, alors intendant et contrôleur des Menus 
Plaisirs de Sa Majesté. Après la mort de M. de Bonneval, ce dessin a été déposé à 
l'hôtel des Menus Plaisirs du Roi*. » 

Ce dessin, qui faisait partie de la collection Destailleur ', fut acheté, en 
mai 1896, 6 200 francs par M. Mûhlbacher. A la vente de ce dernier en 1899, il 
devint pour 9 500 francs la propriété de M. Pierre Decourcelle. La bibliothèque 
du Ministère des Affaires étrangères en possède une très belle photographie 
qu'elle doit à l'amabilité de M. Mûhlbacher. 

Le dessin de Cochin n'a pas été gravé. Poilly en prit, en 1774, sur une 



1. Collection Hennin, n^ 8387, etc. 

2. JoxBERT, Catalogue de l'œuvre de Ch,-Nic. Cochin /Ifc, Paris, Prault, 1770, in- 12. 

3. No 579 du Catalogue publié par D. Morgand. 



— 78 — 

esquisse du cabinet Mariette, un trait dont il existe quelques exemplaires'. Celui 
que nous reproduisons a été acquis par nous à la vente Schefer. 



VIII. — Entrée de Son Exc. M. le d* de Kaunitz-Rittberg, ambassadeur de 
l'Empereur et de l'Impératrice, Reine de Hongrie et de Pologne, faite a 
Paris, le 17 septembre 1752, telle qu'elle s'est présentée sur les deux 
QUAIS EN passant PAR LE Pont-Neuf Page 31 

Cette estampe, dédiée au comte de Kaunitz, se trouve dans la collection 
Hennin, n® 8735, vol. 101, pi. 24. Elle est signée : Eyssen et Scblechter, 1754. 
M. Dufort de Cheverny, qui fut de service le jour de l'entrée du comte de Kaunitz, 
a tenu à décrire avec détail cette cérémonie dans ses Mémoires, « à cause de 
sa magnificence ». Le portrait de l'ambassadeur « peint jusqu'aux genouils, 
tenant un chapeau », par Tocqué, a figuré au Salon de 1753 '. 



IX. — Un aide des cérémonies, secrétaire à l'introduction des ambassadeurs, 
sous le premier Empire Page 36 

Dessin de Isabey et Percier, gravé par Delvaux, extrait du Sacre de V Empe- 
reur Napoléon /•'. 



PORTRAITS 



X. — Bautru Page 47 

Gravé par Picart, n^ 3310 du catalogue de la Collection des portraits par 
G. Duplessis. 

1. Collection Hennin, n<» 8398. 

2. A ce même salon, Tocqué exposa le portrait du comte d'Âibemarle, ambassadeur d'An- 
gleterre. Les diplomates étrangers ont de tout temps rechercbé les peintres français. Roslin 
fit en 1751 le portrait de l'ambassadeur d'Espagne et de son secrétaire M. de Llano, en 1763, 
ceux du comte Czernischew, ambassadeur de Russie, et du baron de SchefTer, ambassadeur de 
Suède. Bonis en 1704 peignit Je nonce extraordinaire, et Jouvenei en 1738 le commandeur de 
Solart, ambassadeur de Sardaigne. Nous citerons encore les portraits des ambassadeurs de 
Siam et des ambassadeurs de Moscovie, exposés par Beooist en 1699. 



— 79 — 

XI. — Brûlon Page 47 

Publié par Ganière, n"" 7009 du catalogue Duplessis. 

XII. — Berlize Page 49 

Gravé par Guill. Vallet, 1670; d'après Ant. Paillât, n« 15373 du catalogue 
Duplessis. 

XIII. — Sainctot Page 52 

Gravé par Weber d'après un tableau du temps. Extrait de la collection des 
portraits de la galerie de Versailles. 

XIV. — DuFORT DE Gheverny Page 59 

Peint par Drouais : appartient à M. le marquis des Méloizes-Fresnoy. 

XV. — La LivE DE Jdlly Page 60 

Gravé par La Live lui-môme ^ 

XVI. — Ségur Page 67 

Gravé par Yélyn. 

XVII. — D'Epinay Page 69 

D'après un portrait appartenant à M. le baron Louis d'Épinay. 

XVIII. — MM. Feuillet de Conches, Mollard, de Bourquenbt, 

Crozier et a. Mollard Page 71 

D'après les photographies de Pirou, Nadar et Sartony. 



GRAVURES DANS LE TEXTE 



XIX. — Billet pour la fête de l'ambassadeur de France. . . . Page 10 
Gravé par Moreau le Jeune. 

i. M. de la Live a (également gravé le portrait que fît de lui Gochin le fîls. Tocqué fit en 
1751 un portrait de M. de la Live, et au salon de 1765 furent exposés son portrait par Greuze, 
et son buste par Pajou. 



— 80 — 

XX. — Médaille frappée à Toccasion de l'ambassade de Saïd Pacha. Page 28 

XXI. — Vignette placée en tête d'Instructions données aux envoyés du 
Comité de Salut public auprès de gouvernements étrangers. Page 38 

Par Gamerey et Queverdo. 



XXII. — Réception de l'ambassadeur de Perse Page 65 

D'après un médaillon de la planche consacrée au grand officier de la cou- 
ronne, dans l'ouvrage intitulé : Le Sacre de l'Empereur Napoléon /•'. Dessiné 
par Isabey, Percier et Fontaine, gravé par Massard. 

XXIII. — Carte d'identité délivrée sous le Directoire aux diplomates 
étrangers Page 72 

Gravé par N.-M. Gatteaux. Diaprés l'épreuve conservée dans l'œuvre de 
Gatteaux au cabinet des Estampes. 



i 



TABLE DES MATIÈRES 



Pages. 

Les Introducteurs des Ambassadeurs 1 

Liste des Introducteurs des Ambassadeurs de 1585 a 1792 43 

Liste des Introducteurs des Ambassadeurs de 1804 a 1900 44 

Notes sur les Introducteurs des Ambassadeurs de 1585 a 1792 45 

Notes sur les Secrétaires a la conduite des Ambassadeurs de 1585 

A 1792 63 

Notes sur les Introducteurs des Ambassadeurs de 1804 a 1900 67 

Notes sur les Gravures et Portraits 73 






il 



IMPRIMÉ 

PAK 

CHAMËROT ET RENOUARD 

19, rue des Saints-Pères, 19 

PHOTOTYPIES DE BERTHAUD FRÈRES 

31, rue Bellefond, 31 

PARIS" 






I 



HARVARD LAW LIBRARY 
FROM THE LIBRARY 



RAMON DE DALMAU Y DE OUVART 
MARQUÉS DE OLIVART 



Received Decehber 31, 1911